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Luca Yupanqui : musique prénatale

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Publié le

18 mai 2021

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Oubliez Jordi, Luca Yupanqui est désormais l’artiste la plus jeune à avoir jamais sorti un disque, puisqu’à l’époque de l ’enregistrement de Sounds of the Unborn, elle n’en était encore qu’au stade fœtal de son évolution. Plutôt qu’un simple coup marketing, une véritable épiphanie sonore.
Sans titre

À l’origine fut le label Sacred Bones, fondé en 2007 à Brooklyn par Caleb Braaten, un passionné de musiques diverses ayant pu nourrir son insatiable curiosité pour avoir grandi dans la boutique de disques d’un ami de ses parents. Tels Factory records (Joy Division, Happy Mondays), Mute (Depeche Mode, Laibach) ou en France les disques Tricatel de notre chevalier des arts et lettres préféré Bertrand Burgalat, Sacred Bones parvient à se faire une réputation d’authentique sceau de qualité. Sous l’influence d’une trinité formée par David Lynch, John Carpenter et Jim Jarmusch, le label tente de retrouver un certain esprit underground des origines : en gros, quand Genesis P. Orridge faisait peur aux hippies avec son esthétique militaire, pas quand il est devenu le sosie d ’une mère maquerelle en fin de parcours adoubé par Télérama.

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Je chante le fœtus électrique

Le disque aurait pu sombrer dans un délire new age horripilant ; fort heureusement, la « très petite » Luca était pourvue de parents au goût sûr et à la carrière exemplaire. D’un côté, Elizabeth Hart, la mère, bassiste du groupe néo-psychédélique, Psychic Ills ; de l’autre, le père, Iván Diaz Mathé, chanteur, musicien et ingénieur du son pour Lee Scratch Perry. Le couple décide d’exploiter une technologie biosonique capable de transformer, à travers une interface midi, n’importe quelles impulsions produites en vibrations sonores. Voilà comment sont fabriqués des morceaux sobrement intitulés : V5, V4.3 pt.2, V2.1, V2.2, V3.2, V4.2, V4.1, V1, V3.1 et V4.3 pt 1. Autant de titres qui alternent sous des rythmiques quasi « motorik » (percutantes et obsédantes), des envolées planantes, mais aussi des tunnels où l’on croirait percevoir, à travers le liquide amniotique, l’activité de nano-robots se répandant en bruits étranges. On pense aux débuts des Allemands Popol Vuh et surtout au premier opus de Tangerine Dream, Electronic Meditation.

Il leur semblait que seul le nourrisson se trouvait en mesure de décrypter les messages de sa propre existence intra-utérine

Une expérience électrique et métaphysique                                                                                  

Devenu un bébé rose, Luca a même eu la chance d’assister au mixage de son album, et ses parents furent fascinés par son comportement : il leur semblait que seul le nourrisson se trouvait en mesure de décrypter les messages de sa propre existence intra-utérine. Et le couple d’entrer dans un questionnement vertigineux : « Que dirait-elle si elle pouvait parler ? Comment réagirait-elle au monde extérieur ? Et finalement, quel genre de musique jouerait-elle si elle en était capable ? » Un objet musical non identifié qui visite une captivante terre inconnue et nous ouvre un nouvel abîme : présentant le fœtus comme un alien doté d’un langage primal et semblant relié à une conscience collective éternelle, Sounds of the Unborn nous rappelle également qu’il est une personne – fût-ce d’un genre étrange.

SOUNDS OF
THE UNBORN,
LUCAYUPANQUI,
ScaredBones
records, 15

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