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L’empire phobophobe

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Publié le

26 octobre 2021

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Peur de la peur et lutte contre la haine : voilà les ressorts sur lesquels repose l’Union européenne et en vertu desquels elle réprime toute expression un tant soit peu patriotique de la démocratie.
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La France ment sur la nature de son régime. Elle n’a que les mots « République », « valeurs républicaines » et « citoyens » à la bouche. Or le décalage entre une république et notre régime politique actuel est abyssal. Pour appréhender les différentes formes politiques, Montesquieu explique dans L’Esprit des Lois qu’il faut étudier deux choses : premièrement, quelle fraction de la population détient le pouvoir, et deuxièmement, quel est le principe de gouvernement, c’est-à-dire quelle est la passion commune qui anime les hommes vivant sous tel régime. Alors qu’on se souvient généralement du premier critère, c’est le second qui est déterminant : le sentiment prépondérant des citoyens fonde la réalité des échanges sociaux et détermine les régimes politiques. C’est pourquoi Montesquieu déclare que « plus d’États ont péri parce qu’on a violé les mœurs que parce qu’on a violé les lois ». Ce sont les mœurs qui déterminent les principes qui eux-mêmes déterminent la forme politique, c’est-à-dire le type d’État qui va tenir sur ces principes. La monarchie avait besoin d’hommes animés par l’honneur, le désir de distinction et de noblesse. Sans ces mœurs, elle s’est effondrée.

Le problème n’est pas de vivre dans un empire, mais de vivre dans le mensonge, car on ne sait pas quels principes il faudrait respecter

Nous ne sommes plus en démocratie, non parce que le pouvoir n’appartiendrait plus au peuple, mais parce qu’une république a pour principes l’amour de la patrie, des lois et une certaine frugalité, c’est-à-dire une disposition d’esprit qui glorifie le sacrifice de son confort personnel sur l’autel du bien commun. Il n’a jamais existé de république sans patriotisme.

Peur de la peur et lutte contre la haine : voilà les ressorts sur lesquels repose l’Union européenne et en vertu desquels elle réprime toute expression un tant soit peu patriotique de la démocratie. L’affaire Mila et autres montrent qu’aux antipodes des vertus républicaines le principe de notre société, la passion fondamentale que l’on encourage chez ses consommacteurs, c’est la phobophobie. En grec, phobos cela veut dire l’effroi, cependant, aujourd’hui on utilise phobie aussi bien pour désigner l’aversion que la peur. Cette ambiguïté est utile, car la phobophobie dans notre société, c’est aussi bien la peur de la peur, la peur de la haine, la haine de la peur et la haine de la haine. Un tolérant qui crie « padamalgam » est phobophobe. Un « social justice warrior » est un phobophobe au sens qu’il hait la haine. Entre les deux, il y a tout une masse de gens hébétés que l’on mobilise régulièrement soit contre la peur, soit contre la haine.

Nous vivons dans un empire d’un genre nouveau?: pour tenir, l’Union européenne doit réprimer tout attachement national ou religieux trop puissant. C’est là que se trouve l’une des origines de la phobophobie : dans l’antiracisme institutionnel de l’Union européenne, « cette construction à l’allure technocratique et progressant sous l’égide d’une sorte de despotisme doux et éclairé », comme le déclarait Jacques Delors. C’est l’UE qui a absolument besoin de la phobophobie pour se sauvegarder comme forme politique inédite. L’empire bureaucratique européen essaie désormais d’anesthésier confortablement les nations qui le composent. Comme personne n’a averti les citoyens de ce changement, certains Français pensent que le patriotisme et la liberté d’expression sont encore des piliers de leur pays. Or dans un empire, les vertus républicaines sont des vices, que les nouvelles lois « contre la haine » répriment. Le problème n’est pas de vivre dans un empire, mais de vivre dans le mensonge, car on ne sait pas quels principes il faudrait respecter.

Lire aussi : Démocratie : et si le modèle venait de Suisse ?

L’UE tire sa légitimité de sa supposée démocratie, mais a besoin de la phobophobie pour pacifier les tensions entre les communautés vivant dans son empire, tensions inévitables si l’on développe réellement des principes démocratiques, dont le patriotisme fait partie. Simultanément, l’empire espère qu’une croissance économique infinie dissuadera quiconque de revendiquer quoi que ce soit de plus élevé que de consommer heureux et responsable. C’est la rengaine sur l’exclusion sociale, qui veut expliquer l’origine de tout mal par la pénurie, la pauvreté et le déclassement. L’empire est maternaliste : l’horizon est de s’empiffrer démocratiquement, sans qu’aucune considération vienne troubler la digestion. « Heureusement », la planète n’a pas les ressources pour soutenir indéfiniment cette démocratie des intestins grêles.

Nicolat Pinet pour L’Incorrect

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