Chaque saison, le Palais Garnier sert d’écrin à quelques spectacles dits « non classiques », montés au nom d’un propos marketing aussi creux que convenu : « dépoussiérer l’opéra ». Signal d’alerte qui devrait obliger à la méfiance. En effet, ces productions gadget au coût souvent pharaonique s’avèrent généralement prétentieuses et inutiles. À de rares exceptions près, tel l’ouvrage commandé à Alexander Ekman en 2017. Succès fulgurant au moment de sa création, Play ressort des ateliers de l’Opéra de Paris pour une reprise qui permettra au public d’admirer l’imagination débordante du jeune chorégraphe suédois.
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Plutôt divertissement scénique que ballet au sens propre, le spectacle est le dernier fruit en date de sa collaboration féconde avec le compositeur Mikael Karlsson, auteur d’une partition aux sonorités jazzy mêlant avec virtuosité échos de musique savante et électro. Au fil de la soirée s’enchaîne une séquence bien rythmée d’épisodes singuliers, pleins de brio, illustrant avec élégance un sujet des plus légers, donc des plus sérieux : le jeu. Le premier acte est une fête joyeuse et loufoque évoquant la liberté de l’univers enfantin. En deuxième partie, place à son contraire : le monde grave des adultes, avec son lot d’inquiétudes et de contraintes déshumanisantes. Après l’insouciance, voici une génération qui sombre dans l’incapacité de jouer, aliénée par des occupations aussi lourdes que dépourvues de sens. Le contraste est saisissant, mené avec une autodérision constante et une maitrise absolue. De quoi nous ramener, le cœur revigoré, à notre terrain de jeu ordinaire, celui du combat contre la vie robotisée.





