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Station opéra : envoûtant Don Giovanni

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Publié le

28 septembre 2021

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Avec sa reprise de Don Giovanni, Romeo Castellucci signe un spectacle hors du temps et majestueux, qui rend largement hommage à la version originale.
don giovanni

À Salzbourg des ouvriers vident une église blanche. Don Juan prend ses quartiers devant l’autel dépouillé : un marteau remplace le tabernacle. Dieu a-t-il déménagé ? Dans la fosse, les accords de Mozart éclatent comme le cri de l’homme perdu. La baguette de Teodor Currentzis est plus fiévreuse que jamais. Côté scène, Romeo Castellucci a tout réglé au millimètre. Son théâtre se dispense de didascalies : les idées se font matière, d’où surgissent des tableaux d’une puissance visuelle irrésistible. C’est un spectacle hors du temps, au symbolisme hardi – les métaphores sont légion, jamais explicites, parfois obscures. Tels ce piano et cette voiture tombant des cintres dans un bruit fracassant, ou cette photocopieuse qui remplace le catalogue des femmes.

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Toute sorte d’objets, abîmés ou abandonnés, meublent le vide autour du libertin. Il donne un bal : ce n’est qu’un gigantesque amas de déchets. La distribution est presque idéale. En plus de bien chanter – au-dessus de tous, la prodigieuse Zerline d’Anna Lucia Richter et le sublime don Ottavio de Michael Spyres – tous jouent en vrais comédiens. Davide Luciano est un don Giovanni volubile, sensuel, brisé. Quand la fin approche, une armée d’anciennes conquêtes vient le hanter. La vengeance est un acte communautaire. On brandit des têtes de gorgone. Le coupable se fait pétrifier comme tout homme qui ose un regard séducteur. Mission accomplie ? Pas vraiment, et c’est là le détail qui prouve, si besoin était, le génie de Castellucci : les justiciers finiront également pétrifiés. C’est le souffle du désir qui s’en va avec don Juan, l’essence même de la vie. Le victimisme est un orgueil froid.

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