Skip to content

Calibre rouge

Par

Publié le

29 octobre 2021

Partage

Le rouge à lèvres, emblème féminin par excellence, perd de ses couleurs. Redorons son blason.
rouge

L’indice rouge à lèvres

Il y a 20 ans, le milliardaire américain Leonard Lauder, patron de la prestigieuse marque Estée Lauder, établissait « l’indice rouge à lèvres » : la santé économique d’un pays est inversement proportionnelle aux ventes de rouges à lèvres. Cet indicateur était réputé fiable pour toutes les crises économiques – exception faite de celle du Covid. En cause, les confinements successifs, et le masque. Pas la peine de sublimer un sourire qui ne charme plus. Sous le masque, les rouges délavent, glissent, et partent en vacances sur le bout du nez. Résultat, on se retrouve à la pause cantine en tenant davantage du clown que de Grace Kelly.

Se plaire et plaire au sexe opposé, à défaut de casser les codes de genre comme le voudraient les chantres de la doxa, recèle une puissance discrète

Séduction express

Ce cosmétique souligne pourtant aisément la féminité, à petit prix. Car malgré les efforts insistants de la Team Progrès, le rouge reste un apparat féminin. Il simule l’afflux de sang dans les muqueuses au moment de l’ovulation, indiquant la disponibilité sexuelle de la femme qui l’arbore. Cela envoie au cerveau reptilien de monsieur le signal qu’il y a peut-être moyen d’avancer ses pions. Pour les femmes surmenées, il détourne aussi le regard de mirettes fatiguées, mal camouflées par les quatre couches d’anticerne (une couche par heure de sommeil zappée).

Arrêt au feu rouge

Les grandes marques ont pourtant innové. Textures sans transfert, teintes nude, effet bouche mordue discret… Rien n’y fait. La baisse de l’usage du rouge à lèvres (- 43 %) reflète la perte de vitesse du maquillage à tout prix. La tendance plâtrée des années 80 et 90 perdait déjà beaucoup de vitesse. Par souci des animaux, ou pour une vision de la beauté plus naturelle, les artifices discrets remplacent l’esthétique très sculpturale de la fin du XXe siècle. Les confinements successifs et la part croissante du télétravail auront fini d’achever cette mode. Désormais, seules 21 % des Françaises déclarent se farder tous les jours, contre 42 % avant la crise du Covid. Plus besoin de ressembler à une Barbie, fini les injonctions patriarcales qui nous obligeraient à mettre religieusement notre mascara tous les matins. Profitons-en pour devenir ce que nous sommes, poils et bourrelets inclus.

Lire aussi : Chute de tissus

Retour à l’élégance

Et si, pour changer, on ne se pliait pas aux modes ? Comme les talons hauts en guise d’armure, le bâton de rouge sert de peintures de guerre là où d’autres y voient une pleine marque de séduction. « Si vous êtes triste, ajoutez plus de rouge à lèvres et attaquez », atteste Coco Chanel. Ces messieurs ne se transforment (normalement) pas en cochons de Circé dès qu’un joli minois sort fardé. Ces dames ne cèdent pas aux injonctions d’un imaginaire clergé masculin en usant de leur trousse à maquillage.

Se plaire et plaire au sexe opposé, à défaut de casser les codes de genre comme le voudraient les chantres de la doxa, recèle une puissance discrète. Comme l’écrit la talentueuse Yasmina Reza dans Heureux les heureux, « Quand on a un homme dans sa vie, on s’interroge sur des choses idiotes, la tenue du rouge à lèvres, la forme du soutien-gorge, la couleur des cheveux. Ça occupe le temps. C’est gai ». À un monde qui nous uniformise au point de nier nos différences, opposons le très féminin rouge de nos lèvres.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest