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La passion des vignerons indépendants : l’or blanc d’Alsace

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Publié le

4 novembre 2021

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« Vous reprendrez bien de ce grand cru Pfingstberg ou de cet excellent Zinnkoepflé ? Et pourquoi pas un Gewurztraminer de l’Altenberg de Bergbieten ? » Déguster un vin alsacien est un délice, se souvenir de son nom un casse-tête ! L’Alsace collectionne les noms à coucher dehors qui rebutent de nombreux consommateurs. Injuste reproche car l’Alsace est une grande région de vins. Les différents cépages sont nombreux et la qualité du produit est irréprochable.
vins

Véritable moteur économique, la filière viticole représente 40 % du produit agricole de l’Alsace. 4 000 viticulteurs emploient 15 000 personnes et 20 000 saisonniers. Chaque année 140 millions de bouteilles sont commercialisées dont 74 % sont destinées au marché français. L’exportation est essentiellement européenne avec pour marchés principaux la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. Le grand export (Asie, États-Unis) représente 25 % des exportations.

Devant la Loire et la Bourgogne, l’Alsace est le plus gros producteur de vin blanc. Son vignoble s’étend de Strasbourg à Mulhouse sur une bande étroite de coteaux. Protégé par la montagne (le massif sous-vosgien), le vignoble alsacien bénéficie d’un microclimat favorable à l’ensoleillement. Cette maturité exceptionnelle des raisins blancs donne des vins généreux et fruités.

Région élitiste et prospère, l’Alsace est aussi pionnière dans la viticulture biologique et biodynamique. En 2021, le bio représente 20 % du vignoble alsacien. En développant la viticulture durable, l’Alsace épouse les tendances actuelles de consommation.

Devant la Loire et la Bourgogne, l’Alsace est le plus gros producteur de vin blanc

Dans les années 50, l’exploitation du pétrole transforme radicalement le mode de vie des Bédouins. Chercheurs de perles, pirates ou commerçants à chameau, les Bédouins des Émirats deviennent en quelques années, les villageois les plus riches du monde. À 5 000 km de là, les Alsaciens prennent conscience de la richesse de leur sol. Dès les années 60, l’ouverture des frontières au commerce offre des perspectives d’enrichissement. Les paysans alsaciens abandonnent la polyculture pour se consacrer exclusivement au vin. Alors, posons la question crûment : les vignerons alsaciens sont-ils les Bédouins des Vosges ?

« Mon grand-père élevait des bêtes et produisait des céréales, raconte Sophie du domaine Barmès-Buecher. Il produisait du vin qu’il vendait en tonneau à des restaurateurs. Lorsque mes parents ont repris l’exploitation en 1985, ils ont tout abandonné pour le vignoble ». Geneviève et François, les jeunes époux Barmès, militent dès le départ pour une viticulture technique et responsable. Ils se forment et se professionnalisent. Convaincus de la richesse du terroir, ils développent des cuvées parcellaires. « Autrefois les appellations étaient générales. On disait un Riesling ou un Gewurztraminer d’Alsace. Mes parents ont souhaité exprimer les lieux-dits sur lesquels le raisin poussait. Dorénavant on dit un Riesling Leimental ou un Gewu ». En Alsace, les histoires de famille courent les vignes. Guillaume Mochel est issu de la quatorzième génération de vignerons. Sa famille est installée depuis le XVIIe siècle dans le village de Traenheim, situé à l’ouest de Strasbourg. C’est en 1967 que son père Frédéric Mochel rachète pour une bouchée de pain des terroirs en coteaux. « À cette époque, les terres en pente n’étaient pas recherchées, explique Guillaume, car les coteaux sont difficiles à travailler. Aujourd’hui nos terroirs sont classés grands crus d’Alsace ».

La grande vertu de la pente est d’inciter la vigne à se battre. La plante est moins à l’aise qu’en plaine, elle doit explorer le sous-sol pour aller puiser les minéraux. Or ce sont ces minéraux qui donnent du caractère au vin. Le domaine Frédéric Mochel est en conversion bio depuis 2018.

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Le respect de la terre est ancré profondément en Alsace. « Il y a 25 ans, les terroirs travaillés en bio n’étaient pas très reluisants, explique Christian Elbin. Les vignes étaient pleines d’herbe, elles manquaient de vigueur et souffraient souvent de maladies ». Vigneron dans le village de Zellenberg (au nord de Colmar), Christian Elbin décide toutefois de se lancer dans le vin bio. Après trois ans de conversion, il va plus loin en obtenant le label en biodynamie : « Il s’agit d’apporter des stimulants à la vigne, d’où le terme de dynamie. On dilue dans l’eau des préparations à base de plantes qui donnent des informations à la vigne. Ce travail s’effectue suivant le calendrier lunaire ou astral ».

La viticulture biodynamique n’est plus considérée aujourd’hui comme une pratique ésotérique. Il s’agit davantage d’un retour à l’esprit des anciens : comprendre les grands équilibres de la nature et les interactions entre la plante, l’air, la faune, l’eau et l’air.

Toutefois cette démarche responsable a un coût. Elle rend la vigne plus vulnérable aux aléas du climat. « Cet été, la quantité d’eau tombée a été monstrueuse », constate Ludovic Merieau du domaine de Kirrenbourg. Cette humidité exceptionnelle dans une région réputée pour son climat sec a provoqué la prolifération de deux champignons : le mildiou et l’oïdium.

La viticulture biodynamique n’est plus considérée aujourd’hui comme une pratique ésotérique

Les pertes en volume de raisin sont très importantes (entre (15 et 80 % de la récolte). Elles sont d’autant plus importantes lorsque les vignes sont travaillées en bio. « Pour lutter contre les champignons, nous intervenons avec du cuivre, explique Ludovic Merieau. Contrairement aux pesticides qui pénètrent à l’intérieur de la vigne, nos préparations en cuivre restent à la surface des feuilles et des raisins. À chaque nouvelle précipitation d’eau, nous devons refaire le traitement. L’été a été pourri et nous avons travaillé comme des bœufs ».

Cette crise climatique chamboule les esprits. « Nous avons appris l’humilité, note Élise Garnier du domaine Materne Haegelin et filles. En dépit de la mécanisation, nous demeurons des hommes, impuissants face à la nature ». La jeune vigneronne installée à Orschwihr milite pour une action vigoureuse. « Nous devons profiter de cette crise pour changer l’image des vins d’Alsace. Nous devons attirer une clientèle plus jeune et plus dynamique. Nous avons une palette de vins exceptionnelle. Le temps de l’offensive marketing est arrivé ».

Qu’il pleuve ou qu’il gèle, la terre d’Alsace occupe l’horizon. Les générations se succèdent avec le souci du travail bien fait. Comme le disait avec sagesse le Cheikh Zayed des Émirats Arabes Unis : « Chaque individu doit accomplir son devoir. L’homme est mortel mais son œuvre ne l’est pas. Par conséquent, le travail l’emporte sur la richesse ». À votre santé !

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