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Assistance vidéo à l’arbitrage : le football sous haute surveillance

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Publié le

5 novembre 2021

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La VAR, ou en français « assistance vidéo à l’arbitrage », introduite depuis 2018 paraît indiscutable. Comment ne pas approuver un instrument technique qui tend à l’équité parfaite ? C’est pourtant bien d’équité envers les petites équipes dont il est question. En se substituant à l’interprétation humaine faillible, la VAR casse net chaque hurlement de joie et vide le football de tout ce qui faisait sa saveur, et sa mythologie.
VAR

« La VAR est une belle merde ! » tempête Michel Platini, alors que 80 % des amateurs de football français jugent qu’elle « permet de réduire significativement les erreurs d’arbitrage » depuis son introduction en 2018, un an après la plupart des championnats européens. C’est que, tel le politiquement correct, il paraît irrationnel de s’y opposer : pourquoi diantre ne voudrait-on pas, au nom de la justice, que chaque équipe soit récompensée pour ce qu’elle produit substantiellement sur le terrain ?

La rationalisation du football par cette totale transparence technologique participe finalement à son désenchantement

L’arbitrage sans revers est pourtant une pure impossibilité pratique : hormis dans quelques situations évidentes, l’homme en noir est, comme un juge pour le texte de loi, un interprète plutôt qu’un exécuteur. La vidéo n’est à ce titre qu’un outil dont il était illusoire de penser qu’elle règlerait tous les problèmes : les différences de perceptions demeurent, et la question ne se trouve que déplacée. Elle rend d’ailleurs l’erreur résiduelle encore plus insupportable du fait même qu’elle est supposée disparaître. Il faut encore dire à quel point les images au ralenti sont trompeuses en ce qu’elles trahissent l’intelligence du réel et de sa vitesse. Mille questions peuvent encore être soulevées sur les modalités de son utilisation.

La vidéo au service des meilleurs

Sous les oripeaux de la justice, les motivations profondes de son utilisation sont moins reluisantes. Car comment comprendre qu’en 2021, l’on décide d’avoir recours à la vidéo – outre que la technologie est disponible ? La réponse est évidente : les enjeux financiers du football moderne sont tellement importants qu’il n’est plus acceptable pour une équipe de souffrir une irrégularité potentiellement coûteuse sur le plan économique. Le résultat doit donc être objectif, transparent et rationnel, en parfait miroir de la prestation sur le rectangle vert.

Or, chasser les irrégularités, c’est favoriser les grosses équipes pour une double raison. Depuis l’introduction de la vidéo, le nombre de pénaltys accordés dans les cinq grands championnats a augmenté de 12 %. Nul doute qu’en passant davantage de temps dans la surface adverse, les grosses équipes ont vu leurs probabilités d’en obtenir s’accroître – ce qui ne veut pas dire que ce fut le cas. Surtout, et de manière plus générale, éliminer les contingences doit faire coïncider le résultat final avec les performances, qui elles-mêmes dépendent des qualités intrinsèques des uns et des autres. Le match ne doit plus être qu’une confrontation brute de deux forces, ce qui tourne fondamentalement au désavantage des petites équipes du fait de leur qualité inférieure : ce sont elles qui avaient davantage besoin des irrégularités pour réussir un « coup ».

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Pour un football romantique

De là, l’arbitrage vidéo nous prépare un football bien terne. Chaque explosion de joie doit désormais attendre que dame vidéo rende son verdict, et se trouve pour ainsi dire cassée net. Elle a chassé l’esprit du jeu pour n’en retenir que la lettre des règles : un but est dorénavant refusé pour hors-jeu à cause d’un minuscule bout d’orteil, invisible à l’œil en vitesse réelle. Est-ce bien juste ? C’est encore méconnaître ce qui fait le sel de ce sport : l’histoire du football est parsemée de controverses et de scandales – la « Main de Dieu » de Maradona en 1986 ou le « but fantôme » de Luis Garcia en 2005 – qui lui donnent sa couleur et ses saveurs, qui façonnent nos souvenirs et fabriquent sa mythologie.

La rationalisation du football par cette totale transparence technologique participe finalement à son désenchantement, pour parler comme Max Weber. S’opposer à la machinisation de l’arbitrage, c’est défendre un monde complexe qui fait confiance à l’homme et qui refuse son grand effacement – ou sa mise en esclavage – par utilitarisme ; un monde qui fait toute sa place aux irrégularités en tant qu’elles sont profondément humaines, et rappellent la touchante vulnérabilité de la Créature. Le mécanicisme froid et brutal de la machine n’est pas humain ; l’erreur des uns – et la filouterie des autres – participe aussi, d’une humble manière, à la beauté de ce monde.

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