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Élections allemandes : le SPD en pointe des Teutons

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Publié le

11 novembre 2021

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Lors des dernières élections, l’Allemagne a vécu un petit séisme politique, pas totalement imprévisible toutefois. La CDU et la CSU se sont effondrées en passant de 33 % à 24 % même si la CSU s’est mieux maintenue. Ce recul des grands partis n’a cependant pas bénéficié à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Qui sont donc les gagnants des élections allemandes?
SPD

La gauche a nettement bénéficié des dernières élections allemandes. Le SPD gagne 5 points tandis que les Verts affichent 6 points de progression, dans la lignée de leurs très bons scores aux européennes. La gauche radicale de Die Linke s’effondre quant à elle, notamment en ex-RDA, au profit du SPD et ne garde une représentation parlementaire que de justesse. Le SPD a bénéficié de trois facteurs : une proposition d’augmentation du salaire minimum qui a vraiment touché l’électorat populaire, une campagne visant beaucoup plus nettement les électeurs centristes, ce qui a permis au candidat du SPD d’apparaître comme le successeur naturel de Merkel, rassurant un électorat oscillant entre la CDU et le SPD.

Tout change pour que rien ne change et qu’à la coalition centriste noire-rouge succédera une coalition libérale-socialiste repeignant en vert progressiste une politique essentiellement inchangée

À droite les libéraux du FDP (Freie Demokratische Partei – Parti Libéral Démocrate) ont réussi à obtenir un bon score du fait de la crise de la CDU/CSU mais aussi grâce à un net travail de reconstruction après la crise de 2013 (où ils n’avaient pas pu faire 5 % et n’avaient donc pas été admis au Bundestag). Leur progrès est particulièrement notable dans les régions qui votaient pour l’AfD, qui perd 2 points et par rapport à 2017 mais garde une position très solide dans les länders de l’ex-RDA. Enfin, de manière plus marginale, des petits partis alternatifs de droite progressent comme les « Électeurs libres » qui sont des rassemblements électoraux au niveau local sur une ligne libérale-conservatrice ou « Die Basis », parti hostile aux mesures de confinement.

L’Allemagne est un régime parlementaire, ce qui signifie qu’en dépit des résultats électoraux, le jeu des coalitions guide la vie politique. Mais cette fois, et face à l’ampleur de la défaite, il apparaît inenvisageable de laisser la CDU gouverner, même au sein d’une coalition SPD-CDU-CSU. Le parti a obtenu le pire score de son histoire et va au devant d’une grave crise politique interne, cruelle sortie de scène pour Angela Merkel. Les opposants à la tête de liste Armin Laschet réclament déjà un coup de barre à droite lors d’une cure d’opposition. Cette crise profonde de la CDU va de pair avec une crise générale des partis se réclamant de l’héritage démocrate-chrétien dans toute l’Europe et l’alliance réalisée par la CDU entre un courant conservateur, un courant économique-libéral et un courant chrétien-social pourrait exploser, chacun de ses courants rejoignant un autre parti ou poursuivant son chemin seul.

Lire aussi : Édouard Husson : « Madame Merkel a un très mauvais bilan pour l’Allemagne et pour l’Europe »

Les Verts en revanche, confortent leur position dans un futur gouvernement grâce à leur score électoral, de même que les libéraux-démocrates. Si les deux partis ont de nets désaccords (immigration ou écologie), les deux partis ont une base sociale très jeune (les Verts ont récolté 23 % du vote des moins de 25 ans et le FDP 21 % alors qu’au niveau national les Verts ont fait 15 % et le FDP 11,5 %), urbaine et aisée. Ils pourraient facilement s’entendre sur le renoncement aux augmentations d’impôts et sur un programme et sur une écologie favorable au marché. Le SPD n’ayant pas d’alternative et la CDU encore moins, le gouvernement SPD appliquera donc probablement une politique à la couleur plus libérale-libertaire, sous l’influence du FDP et des Verts. Cette ligne conviendra certainement à un gouvernement SPD dirigé par Olaf Scholz, ancien ministre des Finances très fidèle à l’orthodoxie budgétaire, qui a axé toute sa campagne sur le fait qu’il était l’héritier d’Angela Merkel. Parti de l’aile gauche du SPD, il s’est rallié à une ligne libérale économique en soutenant les réformes du gouvernement Schröder : libéralisation du marché du travail et réduction nette des allocations chômage. La victoire d’Olaf Scholz entérine la défaite complète de l’aile gauche du SPD.

Tout change pour que rien ne change et qu’à la coalition centriste noire-rouge succédera une coalition libérale-socialiste repeignant en vert progressiste une politique essentiellement inchangée. L’Allemagne bénéficiant de sa position privilégiée dans l’UE et de son faible taux de chômage, peu d’électeurs se tournent vers la droite nationale ou l’extrême gauche, dont les bases militantes restent très radicales, ou trop proches de groupuscules extrémistes. Reste à savoir combien de temps le nouvel attelage parlementaire et gouvernemental pourra maintenir sa stabilité.

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