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Côte d’Ivoire, une réconciliation à vive épreuve

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Publié le

16 novembre 2021

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Abidjan. Samedi 17 octobre, hôtel Ivoire. Après une décennie d’exil et huit années en prison, l’ancien président Laurent Gbagbo lance le Parti des peuples africains (PPA), avec lequel il entend « mobiliser l’Afrique contre l’impérialisme et le néocolonialisme ». À la tribune, les orateurs se succèdent pour énoncer « la nécessité de se liguer contre le néocolonialisme ». Mais pour le gouvernement, comme pour l’opposition ivoirienne, les appels à l’unité resteront lettre morte, tant le processus de réconciliation reste miné par les rancœurs.
LG

Konan Kouadio Bertin, ministre ivoirien de la Réconciliation et de la Cohésion nationale le reconnaît d’emblée : « J’essaie d’éteindre des brasiers qui peuvent de nouveau s’enflammer à tout moment ». Fin septembre, le ministre a reçu Miss Côte d’Ivoire et ses deux dauphines pour une mission particulière, « faire d’elles des ambassadrices de la réconciliation ». À 53 ans, ce transfuge de l’opposition pose un diagnostic lapidaire : « Tout est à faire ». S’il se réjouit de la rencontre historique, mi-juillet, entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, M. Bertin pense que le processus sera long et craint, à raison « que les lenteurs n’enveniment la situation ». Dans les rues d’Abidjan, les populations sont plutôt sceptiques. Pour Madoussou Coulibaly, 58 ans, sociologue qui a travaillé pour la Commission Dialogue Vérité Réconciliation, « la réconciliation est mal partie d’autant que la justice internationale n’a ciblé qu’un seul camp ». Un avis partagé par beaucoup d’Ivoiriens d’autant qu’aucun acteur du parti au pouvoir n’a été inquiété. La justice internationale a « fait le jeu des vainqueurs ». Des vainqueurs soutenus par la France dont le rôle reste largement critiqué.

Le lancement d’un nouveau parti politique par Laurent Gbagbo, 76 ans, fait planer le doute sur le renouvellement prochain de la classe politique

La France pointée du doigt

Élites et intellectuels ivoiriens reprochent à Paris son implication et son ingérence dans la crise nationale : selon le journaliste Amah Ouattara, « la France ne fait rien pour la réconciliation et prend clairement position pour le camp Ouattara ». Pour Laurent Gbagbo qui le martèle en marge du lancement de son nouveau parti, « c’est l’armée française qui, à la demande de Nicolas Sarkozy, est venue attaquer » [sa résidence], le 11 avril 2011, avant de le livrer à la justice. « La force Licorne m’a arrêté et humilié comme un voleur », rappelle avec rancune l’ancien président, qui accuse l’ancien président français, ami d’Alassane Ouattara dont il a célébré, en tant que maire de Neuilly, le mariage en 1991 avec la française Dominique Nouvian, de s’être arrangé « pour le chasser du pouvoir ». Aujourd’hui constituées d’un millier de militaires, les Forces Françaises en Côte d’Ivoire (FFCI) sont basées à Port-Bouët, près de l’aéroport d’Abidjan. À Paris, au ministère de la Défense, on laisse clairement entendre que leur départ n’est pas à l’ordre du jour. Le voyage d’Emmanuel Macron, qui a fêté ses 42 ans à Abidjan, ainsi que sa lettre de félicitations à Ouattara qui, en dépit des dispositions constitutionnelles, a brigué un troisième mandat en octobre 2020, sont interprétés comme des actes de soutien. Et les Ivoiriens craignent déjà qu’à la prochaine présidentielle, les vieux démons ne refassent surface.

Lire aussi : Mali : guerre d’influence franco-russe sur fond de coups d’État

2025 en vue

« Ma mission première est d’organiser, en 2025, une présidentielle dans la paix », assure Konan Kouadio Bertin. Le ministre de la Réconciliation, candidat malheureux à la présidentielle de 2020 jure « mettre en quarantaine » ses ambitions pour éviter que « 2025 ne soit une répétition de 2020 » où, faute de consensus autour du processus électoral, le scrutin a été boycotté par l’opposition. Alors qu’Alassane Ouattara, 79 ans, espérait que la prochaine présidentielle soit celle « de jeunes et nouvelles générations », le lancement d’un nouveau parti politique par Laurent Gbagbo, 76 ans, fait planer le doute sur le renouvellement prochain de la classe politique : à 87 ans, l’ancien président Henri Konan Bédié n’a lui-même pas dit son dernier mot. Pour Madoussou Coulibaly, « ces trois leaders constituent le cocktail contre la paix » et seul « leur retrait de la politique facilitera la réconciliation ». En attendant, à Abidjan, à Adjamé, Cocody, Treichville, de Plateau à Angré, c’est la peur de voir ressurgir les vieux démons qui domine, à l’évocation de la prochaine présidentielle.

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