Apichatpong Weerasethakul s’est imposé en quelques films comme le maître de l’invisible. Ses films tournés en Thaïlande avaient le don de capter des forces occultes et des magnétismes étranges, à la lisière du fantastique et du documentaire éthéré. Avec ce premier métrage tourné hors de son pays natal – avec le gouvernement duquel il s’est brouillé pour avoir bravé la censure – il continue dans son sillage et livre peut-être son œuvre la plus aboutie – et la plus austère. Ici, il s’attache aux pas d’une Américaine qui rend visite à sa sœur malade à Bogota (Tilda Swinton, impénétrable).
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Perdue dans un pays qu’elle ne comprend pas, attentive aux trémulations de la jungle qui respire aux orées de la ville, la visiteuse est surtout hantée par un son bizarre et répétitif qu’elle semble être la seule à entendre. Tissant autour de cette intrigue minimaliste une vraie quête à la fois métaphysique et sensitive, Weerasethakhul impose un cinéma ultra-personnel qui pourra en dérouter certains : longues plages de silence, plans fixes énigmatiques, monologues discordants. Il semble qu’il s’attache à déchiffrer un cryptogramme qui se déroberait constamment à nos yeux. Une merveille – à voir au cinéma à tout prix sous peine de passer à côté de l’expérience.
Memoria d’Apichatpong Weerasethakul (2h16), avec Tilda Swinton et Daniel Gimenez Cacho, en salle le 17 novembre





