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L’art et les manières

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Publié le

1 décembre 2021

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« Tiens-toi droit », « dis bonjour à la dame, Zoé » ou « pour la quinzième fois, chéri, écris cette satanée carte de remerciements à ma mère » sont des phrases ordinaires maintes fois entendues ou répétées. Derrière ces banalités se cachent des considérations plus profondes dont dépend, si ce n’est l’équilibre du monde, au moins l’harmonie entre Pierre-Kader et maman – ce qui serait déjà pas mal.
baisemain

On pourrait résumer les bonnes manières en listant une suite de règles de protocole. Certains livres le font d’ailleurs très exhaustivement, comme le bien connu Manuel de savoir-vivre de Nadine de Rothschild, seul livre par lequel jure votre Tatie Danièle, heureuse propriétaire de douze chats. Tout ceci reste cependant assez lointain et un rien ringard. Pour nous autres simples mortels, difficile de s’y retrouver dans cet empilement de codes sans l’aide d’un bon avocat. Pourtant, rien de bien sorcier.

Intello social

« Plus qu’une suite de règles, le savoir-vivre est l’art de mettre tout le monde à l’aise » explique Bérangère de Montebois, experte en savoir-vivre. Cette pétillante jeune femme de 28 ans vient de lancer, en compagnie de Cédric Kannengiesser, l’école L’art de vivre à la française, proposant un ensemble de formations à la bienséance. « Rien de rigoureux ou de trop codifié ! Il s’agit avant tout d’une démarche d’estime de soi et des autres ». Bref, mettre ses interlocuteurs en confiance, par de simples petites actions, une harmonie de gestes et de paroles qui éviteront à tout le monde un aller express pour Malaise TV. « Dans un monde qui nous infantilise, nous pousse à avoir des comportements instinctifs, presque animaliers, le savoir-vivre nous appelle à une exigence envers nous-mêmes », souligne notre experte. Si mamie vous enguirlandait pour que vos pieds dégagent de sa table basse, ça n’était pas qu’une question d’hygiène ; après tout, on sait que cette table basse sera nettoyée trois fois avant le coucher du soleil. Elle vous épargne de mauvaises habitudes, qui seraient gênantes lors d’un dîner chez vos collègues. Le vrai « vivre-ensemble », en somme.

Difficile d’expliquer à Timéo qu’il faut tenir la porte aux filles quand on lui répète à longueur de programme télé que les filles et les garçons, c’est pareil

Précieuses ridicules

« Le but n’est pas de montrer qu’on lève le petit doigt en buvant son thé, s’amuse Bérangère, encore moins de reprendre les autres sur leurs manières, ce qui serait le comble de la mauvaise éducation » ! Au contraire : le savoir-vivre à la française consiste à mettre son entourage dans un environnement agréable. Une forme d’intelligence sociale, qui pousse à adapter son comportement aussi bien que son langage. Le savoir-vivre sert à améliorer ses rapports sociaux, à réagir convenablement en toutes circonstances et non à devenir guindé ou prétentieux. Pas d’idolâtrie du passé non plus : certains usages se perdent parce qu’ils n’ont plus d’utilité pratique. Le quart d’heure d’avance en usage il y a un siècle s’est mué en « quart d’heure de politesse » (en « heure de politesse » intra-muros) afin de laisser aux hôtes la marge nécessaire pour les imprévus de dernière minute.

Révolution aculturelle

Durant les années 70, les bonnes manières furent reléguées au rang de radotage de grand-mère. Pendant cette période aux expériences idéologiques pour le moins créatives, le savoir-vivre prend des allures d’hypocrisie. Ce carcan ne serait qu’un ramassis d’inventions idiotes destinées à séparer le béotien de l’homme du monde, ainsi qu’à brider la spontanéité enfantine. La galanterie, branche patriarcale de cette tradition, s’est délitée plus progressivement. Difficile d’expliquer à Timéo qu’il faut tenir la porte aux filles quand on lui répète à longueur de programme télé que les filles et les garçons, c’est pareil. Si quelques familles ont préservé la tradition, la plupart ont considérablement réduit leur instruction, jusqu’à n’en laisser que la portion congrue : la politesse. À tel point qu’on ne sait plus comment s’y prendre.

Lire aussi : Traité de la vie élégante : Malotru et demi

De 7 à 77 ans

Depuis quelques années, des vidéos YouTube, articles de presse et livres d’aide parentale se multiplient sur le sujet. La demande explose, notamment concernant l’éducation des tout-petits. Fini la période de l’enfant-roi, dont on a constaté les dégâts chez nos voisins du nord. Les règles de savoir-vivre constituent un double enjeu pour l’enfant : lui donner un cadre structurant, rassurant, et l’aider à s’insérer correctement dans la société. L’avantage des bonnes manières : les adultes y sont tenus aussi ! Selon Bérangère de Montebois, il n’y a pas d’âge pour s’y mettre. « Beaucoup de jeunes sont sans repères et cherchent à se rééduquer par eux-mêmes. Certains adultes se rendent bien compte qu’il leur manque quelques notions pour ajuster leur comportement, notamment dans la sphère professionnelle. Le savoir-vivre est accessible à tous, avec un peu de bonne volonté et de persévérance ».  

Pour s’y mettre : artdevivrealafrancaise.fr

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