Il aurait été heureux Alain. Heureux de voir enfin s’achever le processus des accords de Nouméa qui prévoyait depuis 1998 trois référendums successifs sur l’autodétermination de l’archipel du Pacifique. Alain signait des trois lettres ADG des romans noirs aujourd’hui jugés par la critique au même niveau que ceux de son contemporain Jean-Patrick Manchette.
En 1987, ADG publie chez Jean-Claude Lattès un gros roman à succès, Le Grand sud, sur la saga des Français en Nouvelle-Calédonie : bagnards, relégués de la Commune de Paris, colons Feillet, militaires… Là-bas, près de Nouméa, il dirige un hebdomadaire d’opinion, Combat Calédonien, sa machine à écrire voisinant avec son fusil de chasse. C’est qu’à l’époque, les tribunes canaques défouraillent vite. Les barrages sont nombreux sur les routes. Nous sommes à la veille du drame de la grotte d’Ouvéa.
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Depuis la perte de l’Algérie, la Nouvelle-Calédonie est la plus grande affaire de décolonisation. Giscard a largué Djibouti, les Nouvelles-Hébrides et les Comores presque sans coup férir. À Nouméa comme dans la brousse, les dizaines de milliers de descendants de métropolitains refusent que la France cède à la violence et aux manigances des Australiens et Néo-Zélandais. À Paris, des manifestations somment le gouvernement Chirac de faire respecter l’ordre dans ce territoire d’outre-mer. Le RPR a de solides réseaux gaullistes sur l’île où prospère également un Front national très combatif. Ensemble, ils ne lâcheront rien. Il faudra toute l’habilité de Michel Rocard comme négociateur pour parvenir aux accords de Matignon en 1988, préservant les chances d’un avenir français de l’île tout en ménageant les susceptibilités canaques.
« La Nouvelle-Calédonie restera française », commente aujourd’hui Emmanuel Macron. Il n’y est pas pour grand-chose, ne s’étant pas engagé dans le dossier auparavant. De l’art de récupérer une victoire… Regardons les chiffres du résultat de ce nouveau référendum : 96,5 % des voix pour le maintien dans le giron français avec une participation de 43,9 % suite à l’abstention massive des indépendantistes. Ces derniers demandaient de renvoyer au mois de septembre prochain le référendum au nom des quelques centaines de morts du COVID dans la population indigène. Cette dernière, obéissante, a préféré aller à la plage ou à la chasse pour faire son deuil. Libre à elle. La France a respecté jusqu’à l’absurde le processus d’autodétermination. Aujourd’hui la messe est dite. Cela aurait fait plaisir à Alain. Qui serait resté vigilant. Il aurait eu bien raison.





