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Emmanuel Razavi : mille et une vies

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Publié le

31 décembre 2021

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Directeur de la rédaction du magazine digital Fildmedia, Emmanuel Razavi couvre depuis depuis une vingtaine d’années l’actualité des Proche et Moyen-Orients, travaillant tout particulièrement sur la question de l’islam radical. Portrait.
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« Le terrain, lui, ne ment pas ». Telle pourrait être la devise d’Emmanuel Razavi. Il faut dire que le terrain, il le connaît. En grand reporter, il l’a arpenté à maintes reprises. Les parents du jeune Emmanuel lui ont fait dévorer les récits d’aventure de Joseph Kessel, d’Ernest Hemingway et de Lawrence d’Arabie : « Mes parents ne voulaient pas que je devienne journaliste, mais ont pourtant tout fait pour », s’amuse-t-il rétrospectivement. Il apprend le métier de reporter dans des revues étudiantes et en maniant la petite caméra paternelle. Après une scolarité chahutée, il fait des études d’audiovisuel et se spécialise par la suite en géopolitique et relations internationales à Sciences Po Toulouse.

Puis Razavi entre, au début des années 90, à France 3 Bourgogne comme stagiaire, pour une durée relativement courte :« Je suis arrivé un lundi, j’ai démissionné le vendredi. Je rêvais de grand reportage et de liberté, pas d’être syndiqué à la CGT », explique-t-il. Suite à cela, il monte, avec deux amis et sans moyens ou presque, un documentaire vidéo sur les Iroquois en révolte contre l’État canadien. « Cela m’a mis le pied à l’étrier ». De fil en aiguille, il intègre l’agence de presse internationale Sygma, pige en tant que grand reporter pour Le Figaro Magazine, Valeurs actuelles, Paris Match, et pour des chaînes comme Arte, M6, France 24 ou Planète.

Fin 2003, il part six mois en Afghanistan. Il y couvre l’intervention de l’OTAN contre les talibans

L’homme s’intéresse aux Proche et Moyen-Orients, et voyage en Israël, au Liban, en Jordanie, en Égypte, en Afghanistan, au Pakistan, etc. « Je me suis vite rendu compte que du fait de mes origines iraniennes, je pouvais aller là où d’autres ne seraient pas passés », raconte- t-il. Logiquement, il finit par travailler sur le sujet brûlant de l’islam radical. Du GIA algérien à la confrérie égyptienne des Frères musulmans, en passant par Al Qaeda, les Loups gris turcs, les talibans afghans, ou le Hamas palestinien, Razavi multiplie les documentaires, les reportages et les livres sur cette menace tentaculaire et globale : « Je voulais comprendre comment un Oriental basculait dans le djihâd et devenait un combattant ; comment raisonnaient ces gens qui ont, par exemple, massacré ma famille en Iran en 1979, se souvient-il. J’ai compris également que l’islam politique était en fait révolutionnaire, qu’il passait très rapidement au terrorisme si la démocratie ne lui donnait pas la possibilité de se déployer comme il le voulait ».

Rentré de voyage, Razavi constate le profond décalage entre la vision entretenue par certains de ses confrères sur l’islam radical, et la réalité du terrain. Il se focalise sur l’organisation des Frères musulmans : ce sont en effet eux qui sont à l’origine de la doctrine du djihâd global contemporain. Il rencontre à plusieurs reprises des hauts cadres de la confrérie en Égypte et dans plusieurs pays, et filme ou enregistre tout ce qu’il voit et entend. « Le projet des Frères musulmans et de l’État islamique est le même : le califat mondial. Simplement, là où ce califat est un aboutissement final pour la confrérie, il est le point de départ pour Daesh », détaille-t-il.

Fin 2003, il part six mois en Afghanistan. Il y couvre l’intervention de l’OTAN contre les talibans. En compagnie de son confrère et ami le grand reporter Éric de Lavarène, il suit notamment les opérations militaires de la 101e Airborne, unité d’élite de l’armée américaine qui combat Al Qaeda à la frontière afghano-pakistanaise. Les deux reporters, après de longues tractations, parviennent même à rencontrer à plusieurs reprises les talibans, et rapportent via leurs reportages ce qu’ils ont vu des insurgés islamistes. Un jour, ils sont mêmes arrêtés à Kaboul par la CIA, qui tente, sans succès, de faire pression sur eux pour qu’ils cessent leurs enquêtes. Mais on n’arrête pas si facilement les deux journalistes français.

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En janvier 2011 éclatent les printemps arabes, qu’il suit, particulièrement en Égypte. Les affrontements sont d’une telle violence qu’il en restera durablement marqué. Il prend du champ vis-à-vis du reportage de guerre, part au Qatar durant trois ans pour travailler en tant que directeur des rédactions pour la télévision nationale, auprès d’une équipe ouverte à l’Occident, qui veut insufler une nouvelle donne journalistique au pays et se démarquer de l’empreinte religieuse. Il participe avec succès au lancement d’une chaîne pour laquelle il crée des programmes de grands reportages. Puis il s’installe à Barcelone où il crée sa société de production ainsi que son propre média.

Aujourd’hui, Emmanuel Razavi, directeur de la rédaction du magazine digital d’actualités internationales Fildmedia, co-fondé avec Peggy Porquet, n’a plus qu’une ambition : transmettre aux plus jeunes sa passion du journalisme et du grand reportage. Et, citant Hannah Arendt, de lutter contre ce « vide de la pensée dans lequel s’inscrit le Mal ». « Dans cette période de brouhaha médiatique, où la parole du rappeur est mise à égalité avec celle du philosophe, je crois plus que jamais que la mission du journaliste est de transmettre et nommer les choses sans tabou, en s’appuyant uniquement sur les faits, c’est-à-dire sur ce qu’il a vu et vérité », dit-il.

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