Les Anglais ont un mode de vie bien à eux, le club, pour se retrouver entre personnes choisies, échanger, se restaurer. Selon le club fréquenté, on sait la classe sociale et les affinités politiques. Les tentatives d’implantation en France de ce lieu de sociabilité ont échoué, sauf exception. Le club n’est pas français, pour de nombreuses raisons, dont la principale tient probablement à la concurrence d’un opposant de taille : le restaurant. Qu’il soit bistrot, brasserie, bar, café, troquet ou grand restaurant, c’est chez lui que les Français se rendent pour se retrouver. Chaque enseigne a ses habitués, fonction de la position géographique, du quartier, des modes et quelques-unes peuvent se prévaloir d’avoir lancé des courants ou regroupé des écoles.
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Il y a les restaurants littéraires, où l’on déjeune pour converser et décerner un prix : Le Drouant pour le Goncourt et le Renaudot, Le Grand Véfour pour le prix des Hussards, La Méditerranée pour le Médicis, le café de Flore, la brasserie Lip, le Wepler et la Closerie des Lilas ont aussi leur prix. Le restaurant est-il indispensable à la lecture des livres et à l’octroi d’un prix ? Une habitude qui démontre qu’en France les mets et les mots ont partie liée. Il y a les cafés politiques. Le Bourbon, en face de l’Assemblée, indispensable pour être vu et Chez Françoise, sous la dalle des Invalides, pour déjeuner en étant vu. Le Marco Polo, à quelques pas du Sénat, dirigé par Renato Bartolone, frère de l’ancien président de l’Assemblée. Situation géographique, fratrie, cousinage, loges aident à créer une ambiance, des habitudes et des pratiques. Avant d’être nommé à Matignon, Édouard Philippe et son groupe se retrouvaient au Bellota-Bellota, proche lui aussi de l’Assemblée et du siège du Modem. Un journaliste facétieux les surnomma le groupe des Bellota. S’était-il rendu compte qu’en français cela signifie gland, la nourriture consommée par les cochons dont sont issus ces jambons ? Près de l’École militaire, ce sont le café des Officiers et la Terrasse qui se partagent les touristes, au milieu des militaires, des conseillers et des espions. Des lieux de rencontres, d’intelligence, de discussion, de pouvoir aussi.
Le restaurant s’inscrit dans l’écosystème de la ville, entre les bureaux, les bâtiments officiels, les immeubles d’habitation. Il dit quelque chose de l’âme et de l’esprit d’un quartier et de ceux qui le fréquentent. Dans les nouvelles zones industrielles, où s’étirent les bureaux en verre, carrés et froids, dans les banlieues où se délocalisent les sièges sociaux des entreprises, il n’y a plus ni restaurant, ni bar, ni café. Plus de lieu de convivialité, de rencontre, de débats. À la place, le restaurant d’entreprise, drôle comme un croquemort et la machine à café, joyeuse comme une tombe. On comprend que les occupants de ces open space et de ces bureaux partagés restent chez eux pour travailler.





