Éva Jospin travaille le carton, matière rêche, pauvre, brune et souple. Elle le découpe, le perce, l’effiloche, l’entasse, le superpose, le creuse et en tire des forêts très précises, des lianes convaincantes et des Palmyre en réduction, un désert syrien avec un palais nabatéen ou une ruine romaine qu’on jurerait sortie d’un tableau d’Hubert Robert. L’hôtel de Guénégaud, ses boiseries et ses décors XVIIe et XVIIIe voient surgir au milieu des salons des caprices, des cénotaphes, d’immenses maquettes imaginaires, et même un arc antique, la Galleria, tout un univers architectural en réduction et en trompe-l’œil, pierres et végétaux factices résonnant avec les arts décoratifs baroques d’il y a trois siècles, et même au-delà : ce goût de la ruine et des architectures éphémères est aussi romantique que renaissant, cet amour pour le décor est antique.
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On est tenté de faire d’Éva Jospin une antimoderne tant son goût pour l’histoire, l’histoire des arts, la nature, le réel et l’imagination portée par l’exactitude réaliste (baroque, disons-le) paraît à cent lieues d’une époque refusant le naturel et exaltant l’informe, méprisant le décor et assénant le concept. En ciselant ses cartons magiques qui réinventent une forêt et matérialisent devant nous les ruines classiques, descendues des tableaux, l’artiste réussit à marier l’UrbEx et le rococo et nous incline à accepter, avec une grâce souriante, l’inévitable décrépitude.
Galleria d’Éva Jospin, Musée de la Chasse et de la nature, jusqu’au 20 mars 2022





