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Johanna Hogg : scruter l’intimité

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Publié le

7 février 2022

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Auteur d’une passionnante introspection en deux volets, The Souvenir, la réalisatrice Joanna Hogg a conçu son cinéma comme une force rédemptrice.
Joanna

Le Souvenir, c’est d’abord une toile de Fragonard qui deviendra l’emblème d’une relation douloureuse et passionnée au début des années 1980, celle qu’entretiendra la réalisatrice Joanna Hogg avec un jeune homme trouble, porté sur le mensonge et l’héroïne. Une relation qui finira tragiquement et dont la réalisatrice ne se remettra jamais totalement.

The Souvenir, son dernier film en date projeté au dernier festival de Cannes et produit par Martin Scorsese est d’abord un film tentant de répondre à cette question simple : peut-on aimer ce qui nous consume ?

Toute sa vie durant, elle cherchera à comprendre les mécanismes qui l’ont amenée à aimer un tel individu, et surtout à fermer les yeux sur ses aspects les moins tolérables. The Souvenir, son dernier film en date projeté au dernier festival de Cannes et produit par Martin Scorsese est d’abord un film tentant de répondre à cette question simple : peut-on aimer ce qui nous consume ?

Une bourgeoise secrète

Élevée dans une famille bourgeoise du Kent, Joanna Hogg passe une jeunesse dorée. C’est dans un très convenable pensionnat pour jeunes filles qu’elle rencontre Tilda Swinton (sa mère dans The Souvenir). Le cinéma est pour elle loin d’être une évidence, elle ne l’envisage que très indirectement, par la photographie, qui lui permet de rester à l’écart et d’observer en silence. Mais dans le Londres bouillonnant et chic des années 80, le réalisateur Derek Jarman, séduit par son approche de la photographie, lui met une caméra entre les mains. Joanna Hogg tâtonne un peu avant de s’inscrire à la National Film and Television School en 1981. Des années de formation difficiles, la grande bourgeoise ayant probablement du mal à assumer ses origines dans ce milieu. De plus, l’air du temps n’est pas trop aux films intimistes ou aux séquences existentielles. Comme elle le relate dans The Souvenir, les étudiants en cinéma des années 80 sont alors fascinés par un certain formalisme français : celui de Leos Carax ou de Jean-Jacques Beineix, une esthétique du vidéo clip qui influencera les futurs grands cinéastes britanniques d’Hollywood : Alan Parker, Ridley Scott, Neil Jordan. Pas vraiment des scrutateurs de l’intimité.

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L’art du mensonge

C’est à cette époque que Joanna Hogg rencontre le dandy héroïnomane dont elle fera le personnage central de The Souvenir. L’homme se dit attaché au ministère de la Défense, porte des costumes luxueux, l’emmène dans les restaurants à la mode et lui fait découvrir Fragonard à la Wallace Collection de Londres. Mais la jeune femme se rend vite compte que quelque chose cloche : de brusques accès de violence ou des petits mensonges qui ont tendance à enfler. La vérité se fait peu à peu : son prince charmant est un héroïnomane patenté qui s’invente une vie, l’embarque dans sa folie puis meurt par overdose.

La vérité se fait peu à peu : son prince charmant est un héroïnomane patenté qui s’invente une vie, l’embarque dans sa folie puis meurt par overdose.

L’apprentie réalisatrice achève dans la douleur son film de fin d’études, pas vraiment convaincue par ses choix et moquée par ses pairs comme par ses professeurs qui ne voient en elle qu’une aristocrate un peu précieuse. Les années qui suivent sont consacrées à des boulots alimentaires, soap operas et documentaires : une manière de se faire la main, mais aussi d’éloigner au mieux le « souvenir » d’une relation toxique qui l’infecte encore.

La lente gestation d’un regard

Après trois longs-métrages remarqués, The Souvenir vient fermer la boucle et signaler la maturité d’une grande cinéaste qui utilise moins son art comme remède psychanalytique que comme le moyen d’une formidable réévaluation de l’espace mémoriel. La mise en scène, programmatique, minimaliste, presque dénuée de mouvements de caméras, déploie un formidable kaléidoscope. Son film est une fresque intimiste sur la rédemption, l’acceptation du passé, et la lente gestation d’un regard.


THE SOUVENIR, PARTIE I ET II de JOANNA HOGG (2019 et 2021) 1h59 et 1h46, avec Honor Swinton-Byrne, Tom Burke, Tilda Swinton. En salles le 2 février.

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