Après Petite fille, Petite maman, Petite sœur, voici Petite Solange, avant début mars (comment attendre ?) Petite nature… En deux ans, l’épidémie de petites fait symptôme : le cinéma français ne veut pas grandir ou alors tout doucement, le cinéma français ne veut pas de masculin ou alors dans les marges. Désir d’avenir, désir de riquiqui. Le féminin devient la boussole mignonne de la représentation, vraie ou fausse (Petite fille), unique ou dédoublée (Petite maman). Mais de ceux que l’on a vus – fille/maman/Solange – seuls le Lifshitz et le Sciamma, malsains et/ou retors, feignent l’insignifiance, le Ropert n’y parvient jamais, car il est pour sa part intrinsèquement et absolument insignifiant.
Pourquoi Solange, 13 ans, ne parvient pas à réciter sa poésie en classe de français ? (Arrêt sur image, titre en surimpression : Petite Solange). C’est ce que le film va « démêler » (terme inadéquat ici). Le regard à hauteur d’enfant ne saisit rien qui vaille ; la famille nantaise, à la fois inter- et permittente du spectacle, se fissure ; Papa libraire musical trompe Maman actrice de compagnie subventionnée. Il y a de l’eau, sous les ponts où l’on se jette, dans le gaz d’un scénario volatil. Le frère aîné s’éloigne, la meilleure amie garçonne comprend sans comprendre. Solange sombre dans la dépression, et le film ne l’accompagne pas, restant confusément fade et mignonnet, même lorsqu’il s’agit de filmer une tentative de suicide.
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Une variétoche omniprésente à la Richard Clayderman nous fait regretter La Boum. Le point d’orgue Bontempi du film voit s’arrêter Solangette avant une décision fatidique. Elle avise un clavier luisant de pluie, abandonné sur une poubelle, et en joue trois notes qui, magie du cinéma, se fondent à la mélodie extradiégétique, délivrant ainsi une double ration de moche. Car ce qui unifie Petite Solange, c’est la laideur confondue avec le style. La costumière semble avoir eu porte ouverte chez Guerrisol, au vu des pulls vintage et sweats déstructurés qui abondent. Pendant que la direction artistique remplit une demeure bohème de bricoles Emmaüs, aucune scène n’arrive à émerger.
Ropert ne donne le choix qu’entre des brimborions stylisés accédant à l’écran par sauf-conduit thérapeutique ou d’amples tableaux de famille mal écrits, mal embouchés (le retour au giron final). La non-direction d’acteurs – « sois toi-même à côté du rôle » – aboutit à une partition désaccordée qui va à l’encontre même de l’idée de famille. Katerine, acteur estimable dans ses rôles comiques, est ici tout particulièrement calamiteux. Certaines de ces répliques (« T’as des nouvelles de ton frère, il nous appelle pas souvent, ce coquin ! ») donnent l’impression qu’elle sont prononcées par un morse de la Rue Sésame ou l’ours Paddington ou n’importe quel animal stupide et inoffensif pouvant évoquer une figure vaguement grotesque et bienveillante à un enfant de 10 ans.
« La vaillante Léa Drucker tente de composer un personnage à qui il n’est demandé que d’encaisser en restant digne »
La vaillante Léa Drucker tente de composer un personnage à qui il n’est demandé que d’encaisser en restant digne. La jeune Jade Springer a un joli minois et un petit quelque chose de singulier, on espère la revoir dans un vrai film écrit et mis en scène, pas un 400 coups bourgeois auxquels on en aurait retranché 399. Car le coup restant, non pas le meilleur mais le plus énorme, réside en la prétention de Ropert à vouloir réaliser un mélo dans la lignée de L’incompris. Bien tenté, Cocotte ; et moi, je suis Serge Daney…
Petite Solange, (1h25) de Axelle Ropert, avec Philippe Katerine, Léa Drucker, Jade Springer





