Soyons franc, la question ne se pose pas vraiment. Le tire-bouchon, pratique, populaire, ingénieux, quotidien et nécessaire, est évidemment de droite. Il date d’ailleurs du XVIIe siècle, comme nombre de bonnes choses (au hasard, Blaise Pascal, Louis XIII et Le Cuisinier royal et bourgeois de Massialot). Il se compose d’une poignée et d’une tige formant mèche, à centre plein ou en queue de cochon. J’avoue ma préférence pour les tire-bouchons simples, avec poignée en bois et mèche pleines, qui assurent les plops les plus réussis et réjouissants, mais utilise aussi fréquemment un de Gaulle, avec ses deux bras à crémaillère (je confesse balancer encore, après quelques décennies, entre le plaisir d’utiliser mon de Gaulle comme un serviteur docile, muet et limité, et la gêne de conférer une utilité à ce nom).
Le de Gaulle m’amène naturellement à évoquer ces objets qui sont des tire-bouchons mais ne peuvent pas être de droite: les tire-bouchons à levier, à gaz, à pression d’air, électriques, électriques rechargeables avec port USB, et autres vistemboires à rétropédale chromée et récupérateur d’énergie affichant l’empreinte carbone, sont des enfants du progrès et du marquetingue, horrible engeance aux métamorphoses continuelles qui réunit dans des cousinages improbables et maléfiques le costume Gucci à wifi intégré [authentique], Macron [authentique] et les lardons végétaux [authentique]. La bouteille est ouverte, mais à quel prix ? On a sacrifié sa dignité ; ce vin vous portera à la tête et à l’estomac.
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Il ne s’agit pas, bien sûr, de refuser toute amélioration technique. Après-tout, le tire-bouchon est né de l’invention de la bouteille moderne, au XVIIe. On ne peut rejeter sans apparaître rigide le tire-bouchon bilame, d’un maniement un peu délicat, qui permet d’extraire les bouchons qu’on pense abîmés, ou la mèche téflonnée, qui pénètre plus facilement, on peut admettre le limonadier avec ses décapsuleurs, et le de Gaulle, surtout si l’on répugne à serrer la bouteille récalcitrante entre ses cuisses. Il va sans dire que les bouteilles de vin munies d’un bouchon qui se visse, d’une capsule ou d’un bouchon en plastique teinté doivent être laissées aux Australiens. On voit trop bien où le vice de la facilité a conduit cette nation : renoncer au tire-bouchon, c’est vouloir être obèse.
Mais le tire-bouchon doit, dans son aspect comme son usage, être d’un abord modeste et honnête
Adoptons donc, avec lenteur, les évolutions naturelles de l’ustensile. Mais le tire-bouchon doit, dans son aspect comme son usage, être d’un abord modeste et honnête, éviter autant les complications qui le rendent impraticable au commun des mortels que les agréments ostentatoires, poignée recouverte de galuchat, mèche dorée à l’or fin, coffret d’œnologue en bois précieux enfermant un tire-bouchon alangui comme un Strauss-Kahn au milieu d’accessoires chichiteux. Le tire-bouchon, comme tout outil de droite, doit être ajusté simplement à sa fonction et doit permettre de réaliser la tâche avec cette facile aisance et ce soupçon de force qui caractérisent les choses bien pensées ; on comparera utilement, à ce titre, le tire-bouchon et le passe vaccinal et chacun en tirera les conclusions qu’il voudra.





