Le thé a conservé les noms de l’époque coloniale, conduisant ainsi les amateurs à un retour dans le temps. Au Sri Lanka, on continue de produire du thé de Ceylan, comme à l’époque de l’Empire des Indes et de la présence coloniale anglaise. Ce sont les Anglais qui ont introduit cette plante sur l’île. Les premiers plants ont été importés en 1824, à des fins d’essai d’acclimatation. Puis les plantations de thé se sont développées à partir des années 1860-1870, trouvant dans la géographie et le climat de l’île un terrain favorable. Le thé y pousse à une altitude comprise entre 600 et 2 500 mètres, bénéficiant du climat chaud et humide et d’un savoir-faire accumulé depuis près de deux siècles.
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C’est essentiellement du thé noir qui y est produit, riche en tannins et en goût, idéal pour les English breakfast et les matinées toniques. Les Anglais, qui aiment plus que les Français les goûts sucrés, le prennent avec du lait chaud et du sucre. En France, c’est le goût naturel qui domine, et celui des thés noirs légèrement parfumés. Bien que petit de taille, le Sri Lanka est le 4e producteur mondial de thé, derrière la Chine, l’Inde et le Kenya. L’économie du thé représente près de 2 % du PIB du pays, faisant vivre des milliers de producteurs et irriguant toute une économie liée à sa culture, son conditionnement et sa commercialisation.
Famine et fin du thé. Alors que le pays, bien que fragile, était autosuffisant, le nouveau gouvernement a décidé au printemps 2021 de convertir l’agriculture au bio. Ce faisant, il a interdit l’importation et l’usage de certains produits phytosanitaires et d’engrais. Le prévisible a eu lieu: d’une part les maladies se sont développées, réduisant la production des récoltes, d’autre part l’agriculture a subi une baisse majeure de sa production. Conséquence logique, le pays a été confronté à des famines, ce qui a conduit la FAO à le placer en surveillance. Face à la pénurie, le prix des denrées alimentaires a augmenté de près de 25 % en décembre 2021, aggravant d’autant plus la crise économique et alimentaire. L’alimentation a été rationnée afin de contrôler au mieux des rayons de supermarché désormais vides. La production du thé a été divisée par deux, ce qui fait autant de devises en moins pour cette industrie qui est essentiellement tournée vers l’exportation. Chez les épiciers du thé, le Ceylan se fait désormais rare et cher.
Pour les Sri Lankais en revanche, ce thé noir évanoui a un goût bien amer
En quelques mois, les amateurs sont passés de l’abondance à la pénurie ; fini donc le thé de Ceylan. Le gouvernement a certes levé fin décembre l’interdiction d’importation de produits phytosanitaires, mais il faudra plusieurs mois avant de relancer la production et de bénéficier de la future récolte. Cela n’aura guère de conséquences négatives pour les amateurs de thé, qui peuvent sans difficulté se rabattre sur d’autres productions et goûter les thés du Vietnam ou du Japon. Pour les Sri Lankais en revanche, ce thé noir évanoui a un goût bien amer: celui de la ruine d’un pays causé par un mauvais gouvernement.





