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Laurent Obertone : « L’État n’est pas notre ami »

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Publié le

14 mars 2022

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Après avoir récemment lancé le mook La Furia avec Papacito et Marsault, Laurent Obertone publie aux jeunes éditions Magnus « Game Over », un « testament antipolitique » dans lequel il dresse une critique sans concession de la démocratie contemporaine et de l’État.
obertone

Vous décrivez avec précision le problème que représente l’idée de la démocratie occidentale d’aujourd’hui. Peut-on sortir de cette impasse institutionnellement ? Sinon, doit-on passer par une révolution armée ?

Malheureusement, nous n’en sommes pas encore au stade des modalités. Afin de permettre une évolution du système démocratique, étatique, politique, quelle que soit sa forme, il faut commencer par une révolution mentale. Beaucoup de Français comprennent que quelque chose ne va pas, se sentent profondément dépossédés de toute forme de pouvoir sur leur nation, sur leur devenir. Mais ils imaginent encore que le système peut les sauver. C’est le contraire : l’État n’est pas notre ami, et il sera encore longtemps notre principal ennemi – après nous-même. Je suis persuadé que dans les années qui viennent, années de pourrissement et/ou d’effondrement, cette question se posera avec de plus en plus d’acuité. Et quand elle ne se posera plus, c’est que la partie sera perdue.

Vous dressez d’abord un constat terrible sur notre société actuelle, notamment à propos de l’insécurité qui est « votre » sujet depuis des années. Comment résoudre ce problème en retirant l’État de la France alors qu’aujourd’hui, ce sont les policiers et l’armée qui permettent de limiter l’immigration et d’augmenter la sécurité ?

Techniquement, les policiers et l’armée ne permettent rien du tout aujourd’hui – sinon défendre le pouvoir – puisque ledit pouvoir qui les dirige organise méthodiquement l’immigration, et refuse tout aussi méthodiquement d’appliquer la loi élémentaire, celle qui réprime par exemple le vol ou les violences aux personnes. Et puisque l’État défend farouchement son « monopole de la force », le citoyen est totalement dépossédé de ses droits primordiaux, la propriété de ses terres, la sécurité des biens et de sa personne, tout ce que l’État régalien est censé lui garantir, en vertu du fameux « contrat social » (c’est même la justification de son existence, de ses impôts et prérogatives). C’est un système inique et dangereux, en ce qu’il n’a aucun contrepoids dans sa dérive. Je rappelle que l’insécurité fait chaque année un millier de morts et des centaines de milliers de blessés. Des millions de vols et d’atteintes ne sont carrément pas sanctionnées. Notre seul réflexe est de demander à l’État plus de moyens et de lois. Il a les moyens, les lois, il est en charge de tout. Il lui manque seulement la volonté. Et comme tout ce à quoi nous avons renoncé dépend de son bon vouloir, nous avons donc l’immigration et l’insécurité.

Lire aussi : Laurent Obertone : ouvrir la fenêtre d’Obertone

Mais en séparant l’état de la France sur des questions comme celle de l’éducation, ou de la culture, ne risque-t-on pas d’éradiquer le patriotisme ?

C’est tout le problème de l’État : si le patriotisme n’est que de son fait, un simple dressage épisodique, aussi artificiel qu’un matraquage publicitaire, alors il ne vaut rien. C’est même pire : puisqu’il est là et s’occupe de tout, les parents ne voient plus guère d’intérêt à se préoccuper de la culture et du civisme de leurs enfants : des bataillons de fonctionnaires (éventuellement Netflix) s’en chargent à leur place. Résultat : l’État du care est obligé de rappeler à ses « citoyens » rendus à l’enfance qu’il faut se laver les mains, dire bonjour, ne pas agresser la dame, etc. Cette dépossession planifiée de nos cerveaux est une nurserie domestique, pas une société d’adultes autonomes. Si on rend aux parents leurs responsabilités primordiales, leur devoir d’instruction et de transmission, le choix de leur culture et d’écoles plus libres, je pense qu’on renforcera du même coup le patriotisme, les valeurs, ou la transmission d’un héritage culturel et spirituel. C’est vrai aussi pour le média : si on le libère de l’emprise étatique et du dirigisme permanent, nous aurons toujours notre lot d’émissions navrantes, aucun doute là-dessus, mais aussi – et enfin ! – une véritable offre alternative.

Le localisme est-il une alternative à l’individualisme que vous prônez ?

Ça peut en faire partie ! L’individualisme a pris hélas une connotation péjorative. On imagine bien l’individualiste jetant son paquet de chips par la fenêtre. Une sorte de monstre libertaire : on peut tout faire sans en subir les conséquences. Je crois que c’est tout le contraire. Je vois l’individualiste comme quelqu’un de fort et autonome, critique et bien informé, profondément conscient de ses responsabilités, des conséquences de ses actes, des limites de sa liberté. Il est par conséquent doté de ce qu’on appelait jadis un honneur et des devoirs, lui interdisant de se comporter comme un rhinocéros. Je pense que c’est le seul moyen d’obtenir une société digne de ce nom, avec liens de confiance, altruisme réciproque et valeurs partagées. Sans avoir besoin de caméras de vidéosurveillance, de rééducation audiovisuelle et d’autorisation de circuler. Encore une fois, si nous laissons ça à la férule des administrations, nous n’aurons jamais qu’une société forcée, frustrée, de travailleurs spoliés, de parasites vindicatifs et sous-socialisés.

Si l’être humain adulte ne fait pas quelque effort pour se guérir de son état de domestication, il continuera de faire ce que font les animaux domestiques : consommer sans penser, et remuer la queue quand le maître paraît

Mais est-ce qu’en retirant l’État, ce n’est pas le marché qui va prendre sa place ?

Je dirais pour l’instant que c’est l’être humain domestique qui prend toute la place et mène ce jeu sinistre. À Dieu, il a préféré l’État, et l’État « social » axe le paradis des masses sur la consommation, donc l’argent, sa redistribution planifiée, etc. C’est encore lui qui s’amuse à faire léviter les bourses – et les grandes fortunes – en fabriquant de l’argent via les banques centrales. Mais il est très clair que si l’être humain adulte ne fait pas quelque effort pour se guérir de son état de domestication, il continuera de faire ce que font les animaux domestiques : consommer sans penser, et remuer la queue quand le maître paraît. Il se trouvera toujours des fabricants de croquettes pour rentabiliser la situation. Je pense que le paysage sera moins laid si on part d’un principe simple : l’argent se gagne et se mérite, n’est pas volé, redistribué ni manipulé. Le citoyen-consommateur choisira sa voie, elle n’a une chance d’être « élevée » que si elle est consciente et responsable.

Quels sont les retours que vous avez sur vos œuvres ? Quel est votre lectorat ?

Mon lectorat est assez hétéroclite, plutôt masculin, il y a du Monsieur Moyen +, en colère, qui veut que « ça change », de l’idéaliste désillusionné, du policier dépité, du cadre sup déçu par la droite, des étudiants qui n’en peuvent plus de leur campus… Mes livres sont très bien reçus, il faut dire que mes lecteurs sont souvent déjà sceptiques, en quelque sorte. Ils ont besoin d’air frais. Sur la question de l’État, le « courant de pensée » de ce qu’on appelle schématiquement « la droite » est plutôt conservateur, mais il y a une évolution récente et rapide. La prise de conscience qu’il y a une impasse, une confiscation institutionnelle de nos droits élémentaires, notamment celui de ne pas être endoctriné – et de ne pas être forcé à financer cet endoctrinement. Le lecteur traditionaliste a par exemple aussi compris qu’il lui fallait séparer d’urgence son Église de l’État fossoyeur et du corpus progressiste attenant. Le but de la manœuvre est d’être souverain de soi, pas dépendant des directives d’Ursula von der Leyen & cie. Plus largement, mes lecteurs sont convaincus de l’urgence d’agir, mais se demandent comment. « Que faire ? » est toujours la question dominante. J’essaie de trouver des réponses, et de les inciter à en faire autant.


Game Over de Laurent Obertone
Magnus, 208 p., 18 €

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