Sur le plan intellectuel, il faut tout d’abord souligner qu’il n’existe pas, « des » droites françaises comme a tenté de le faire croire l’historien démocrate-chrétien René Rémond dans son étude très contestable intitulée Les Droites en France. Il existe une droite, avec des nuances réactionnaires (Maurras) ou conservatrices (Chateaubriand), marquée par l’idée de tradition, de légitimité, de particularismes et de décentralisation. Elle a trouvé écho chez des hommes politiques comme le colonel de La Roque ou le général de Gaulle. L’orléanisme (qui ne correspond pas une position dynastique) et le bonapartisme ne sont pas des droites mais des centres, alliant idées de droite et de gauche.
Sur le plan politique, l’union des droites consiste aux yeux de son principal promoteur politique actuel, Éric Zemmour, à réconcilier l’électorat du Rassemblement national et du parti Les Républicains autour d’un programme commun. Première difficulté tactique : comment réconcilier des électeurs antilibéraux et des électeurs libéraux économiquement? Deuxième difficulté tactique : peut-on créer une force politique suffisamment puissante en ménageant à la fois la fraction prolétaire (venue de la gauche) du RN et la fraction centriste (venue de l’UDF, parti de centre droit) ?
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Le pari d’Éric Zemmour est, tout en s’étant converti (partiellement) au libéralisme économique, de parvenir à dépasser ces antagonismes à travers une dénonciation de la présence massive de l’islam sur le sol français qui serait le fruit d’un « Grand remplacement » causé par l’immigration. Que l’islam soit un des problèmes politiques majeurs de la France d’aujourd’hui est une réalité. Qu’il puisse servir à lui seul à permettre à la droite de revenir au pouvoir (et pour quoi faire ?) reste à prouver. On ne voit pas comment, en matière de dynamique électorale, le candidat de Reconquête pourrait triompher sans une alliance avec les classes populaires ou avec le centre droit.
Ce n’est pas la première fois que l’union des droites est invoquée dans une stratégie politique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain de cette dernière, le colonel Rémy, maurrassien et gaulliste, compagnon de la Libération, milita pour la réaliser, dans un souci avant tout anticommuniste. Il élabora à cet effet la fameuse théorie dite « du glaive et du bouclier », censée réconcilier les gaullistes et les pétainistes face à l’ennemi commun. Le désaveu fut vif du côté du RPF et de l’entourage du général qui considérait qu’il s’agissait d’une réécriture de l’histoire récente.
L’union des droites consiste à réconcilier l’électorat du Rassemblement National et du parti Les Républicains
Après l’irruption du Front national au premier plan de la vie politique française à l’occasion des élections européennes de 1984, une partie du RPR, notamment groupée autour de Charles Pasqua, considéra que pour répondre au piège que François Mitterrand, par le choix du scrutin proportionnel pour les élections législatives de 1986, tendait à la droite parlementaire, une alliance avec le FN devait être tentée. La vive opposition des centristes, emmenés par Simone Veil et Bernard Stasi, poussa Jacques Chirac à repousser définitivement cette tentation, et la droite s’empressa de revenir au scrutin majoritaire pour l’élection des députés.
Enfin, au lendemain des élections régionales de 1998, certains présidents de conseils régionaux UDF, appartenant au Parti républicain, acceptèrent le soutien des élus FN pour garder leurs postes. La réaction de Jacques Chirac ne se fit pas attendre. Son ancien ministre de la Défense UDF, Charles Millon, quittant les rangs de Démocratie libérale, tenta de construire une plateforme nommée tout simplement La Droite pour dépasser les antagonismes électoraux existant entre RPR-UDF et FN. Malgré un succès réel en termes de nombre d’adhésions, l’aventure fut sans lendemain après un échec aux élections législatives de 2002.





