Les débuts en politique étrangère du nouveau président avaient été plutôt ludiques: concours de bras de fer avec Donald Trump et compète de followers sur Twitter, Make Our Planet Great Again contre Make America Great Again, Macron s’était rêvé quelques mois en nouveau chantre du techno-progressisme face au populisme du tribun américain. Les excès de Trump servaient Macron qui se permettait même de relancer l’idée d’une armée européenne et invitait en grande pompe Poutine à Versailles pour relancer le dialogue franco-russe.
Rarement d’ailleurs un président aura fait tant usage du palais de Louis XIV pour servir sa politique étrangère : en janvier 2019, le Roi-Soleil de l’attractivité française recevait 150 patrons français et étrangers pour une nouvelle édition du sommet « Choose France » destinée à refaire de la France une terre promise pour les investisseurs étrangers, mais, en novembre de la même année, le dirigeant français s’attirait les foudres de ses alliés européens et occidentaux en affirmant dans The Economist que l’Otan se trouvait en « état de mort cérébrale ». Les deux événements définissent la méthode Macron: soin de l’apparat et goût de la provocation. Cela ne fonctionne pas toujours, loin de là.
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Surpris par l’offensive russe… au Mali
Si le président-VRP peut se targuer d’avoir attiré de nouveau les entrepreneurs comme des mouches dans notre bon vieil hexagone, en revanche, en matière de diplomatie, Macron s’est un peu fait balader. Après avoir volé au secours du Mali en 2014, l’armée française va plier bagages. Efficace sur le terrain, puisqu’elle a empêché les groupes islamistes de s’emparer du pays et a même éliminé en août dernier le chef du groupe État islamique au Grand Sahara, elle a été défaite sur internet par les trolls pro-russes qui ont su convaincre les Maliens qu’il fallait chasser ces sales néocolonisateurs de Français et leur préférer les mercenaires du groupe Wagner, société russe reconnue internationalement pour son souci des populations civiles. Il faut dire que le gouvernement français n’a pas semblé anticiper les suites des coups d’État d’août 2020 et de mai 2021 à l’issue desquels les militaires au pouvoir ont demandé brutalement à la France de quitter le Mali. Des côtés américain et russe, Macron a donné également l’impression de se faire rouler dans la farine. Par l’administration Biden d’abord, avec la triste affaire des sous-marins australiens, par Vladimir Poutine ensuite.
Néanmoins, il faut reconnaître que même si les crises se sont abattues en tempête sur le quinquennat Macron, elles ont servi le président français qui avait fait, dès sa campagne de 2017, de l’Europe de la défense une priorité et voit aujourd’hui la crise ukrainienne lui donner raison. Alors qu’il y a deux mois encore, la force Takuba, censée symboliser la relève européenne de Barkhane au Sahel, ne comptait que 600 militaires (dont aucun Allemand), la construction de la défense européenne est soudain devenue un enjeu majeur par la grâce du coup de force poutinien en Ukraine et Macron a pu faire figure de grand artisan de la solidarité géopolitique européenne, à Versailles de nouveau, lors du sommet européen des 10 et 11 mars. Quant à l’Otan, en « état de mort cérébral », elle vient de subir un électrochoc salvateur.
La méthode Macron: soin de l’apparat et goût de la provocation. Cela ne fonctionne pas toujours, loin de là.
Voici donc le président de la poudre de perlimpinpin confronté à un étrange paradoxe, celui d’un contexte international particulièrement menaçant mais en même temps aussi favorable à sa réélection, d’autant plus qu’en matière de politique étrangère, l’opposition est, de la gauche à la droite, en état de mort cérébrale.





