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Quel mâle blanc dominant êtes-vous ?

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15 avril 2022

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Bientôt, la fierté des hommes, à côté de celle des trans et des lesbiennes, et même des vaches et des poulets, fera figure de vestige archéologique. Leur virilité, avec. Car on peut dire, oui, sans trop exagérer, que cette virilité déserte peu à peu nos représentations.
romée

« Ils marchent le regard fier, tralalalala, mes hommes, tralalalalala, eux devant et moi derrière, mes hommes », chantait Barbara. Ah, quelle belle chanson.

Voilà pourtant un texte qu’on entendra peut-être bientôt comme on se penche sur le Lai de Marie de France écrit au XIIe siècle (« bele amie, si est de nus : ne vus senz mei ne jeo sens vos » / Belle amie il en est ainsi de nous ni vous sans moi ni moi sans vous) ou un sonnet de Louise Labé, XVIe siècle – une curiosité un peu obscure, au langage archaïque, les traces d’un temps où les hommes et les femmes étaient des hommes et des femmes (oui, je sais c’est fou), opposés autant qu’unis, par leur humaine condition, par leurs destins fragiles.

« Je me soumets à leur loi, ils se soumettent à ma loi ». Lalalatralala. Il y a là de quoi finir en camp de redressement, Sandrine Rousseau ne dirait pas le contraire ! Vilaine Barbara. Social-traître !

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Bientôt donc, la fierté des hommes, à côté de celle des trans et des lesbiennes, et même des vaches et des poulets, fera figure de vestige archéologique. Leur virilité, avec. Car on peut dire, oui, sans trop exagérer, que cette virilité déserte peu à peu nos représentations (sauf à considérer qu’un footballeur est viril : je suis prête à en débattre !) au profit non seulement de sa caricature mais, jusqu’à extinction complète de la lumière, de sa caricature dénaturée, privée de charme et d’humour par des idéologues qui voient dans la prééminence masculine, et ils ont raison, un pilier de l’ancien monde. D’aucuns s’acharnent sur l’être masculin, donc, comme les iconoclastes du VIIIe siècle sur le visage du Christ ou de la Sainte Vierge : de l’activiste transgenrée de mes deux, en passant par la sorciéresque mouvance me-too, les dispositions de la loi sur le divorce et jusqu’aux couilles molles produites par l’époque en quantité industrielle, candidats joyeux au suicide de leur espèce, les hommes s’en sont pris plein la gueule ces temps-ci.

Mais je les aime les hommes, moi ! Je ne veux pas qu’on leur fasse de mal. Enfin, mes hommes, les vrais. C’est deux que je veux parler, parce qu’ils sont démodés, machos, misogynes, phallocrates et patriarcaux, horribles mâles blancs dominants bons pour le pilori au pire, au mieux voués à une suffisante condescendance (phrase-type : « Gainsbourg, ça passerait pas aujourd’hui »). Mes Éros ! Ceux pour qui je voterais parce qu’ils sont beaux, forts et intelligents, parce qu’ils sont mâles, parce qu’ils sont blancs, parce qu’ils sont dominants ! Ceux qui n’écrivent ni ne disent cheffe ou professeure ou écrivaine, qui font semblant d’ignorer que le congé paternité existe, et la parité dans les Conseils d’administration, ceux qui portent des Borsalinos et fument un cigare dont les volutes ornent délicatement leur barbe de trois jours, ceux que je suivrais au bout de la nuit, toute nue, toute pâmée, ces mauvais garçons aux belles manières un peu brusques et qui me laissent – pauvre petite femme sans défense chavirée par tant de virilité surannée et politiquement incorrecte, captivée, enivrée et un peu fofolle.

Pour le deuxième sexe, oui, à condition qu’on ne jette pas le Premier avec l’eau des cabinets : Simone de Beauvoir, Marlène Schiappa, tout ce fatras, merci mais non merci

De ce point de vue, vous ne vous en étonnerez pas, mes goûts sont assez peu alignés avec les impératifs moraux de l’époque. Pour le deuxième sexe, oui, à condition qu’on ne jette pas le Premier avec l’eau des cabinets : Simone de Beauvoir, Marlène Schiappa, tout ce fatras, merci mais non merci. Je suis devenue femme avant même que de naître ! Pardon Simone. Je n’ai rien contre une main aux fesses, par exemple, si c’est une belle main qui la porte, et qu’elle soit bien prodiguée. De ce point de vue, j’ai peur d’être, encore une fois, terriblement élitiste. J’aime les compliments, même (et surtout) osés, s’ils sont joliment amenés et joliment dits : je ne les prends ni comme une insulte à ma dignité ni comme une potentielle attaque sexuelle (attaque que je peux même aller, dans certains cas, jusqu’à souhaiter – autant l’avouer). Horreur : quand c’était encore de mon âge, je crois que j’aimais qu’on me siffle dans la rue.

Ça ne s’arrête pas là. Petite, puis jeune fille, aux ciels de mes rêveries volaient les visages de Rimbaud, Mario Cipollini (le cycliste, tellement beau, tellement musclé), Gary Cooper, Saint- Loup, du duc d’Anjou, de Gainsbourg, de Romain Gary. Du côté des contre-modèles, jamais je n’ai blairé François Mitterrand, Oui-Oui, Yannick Noah ou Patrick Bruel : une tendance s’installait. D’une part, les princes, les créateurs, les aventuriers, comme des Vikings tourmentés de la poésie, du sport, de toutes les conquêtes et de tous les risques, faits pour défier et soumettre, au risque de leur vie, le temps, la mort, les femmes : en plus fumant, marchant sur les banquettes, baisant, buvant, et pas des jus détox ! D’autre part, les faiseurs, les tartuffes, les bonimenteurs, les poseurs un peu niais, les trafiqueurs, l’épouvantable race des petites quéquettes comme il faut qui t’expliquent la vie et feraient dans leur culotte en appelant maman si, (chose peu probable je vous l’accorde), ils se perdaient dans la forêt un soir, de retour du Chalet des Îles.

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D’un côté, les Éros, de l’autre, les Zéros. S’il fallait régler un peu cette balbutiante réflexion, et consulter nos lecteurs (dont nous présumerons et espérerons qu’ils soient aussi vieux genre que nous) afin d’instaurer les conditions d’un vote absolument objectif cela donnerait, au hasard : êtes-vous plutôt Gainsbourg ou Elton John ? Rafael Nadal ou Yannick Noah ? Napoléon ou Emmanuel Macron ? Belmondo ou Pierre Niney (ou Guillaume Canet, c’est pareil) ? Le Prince Charles ou le Prince Harry ? Romain Gary ou BHL ? Olivier de Kersauson ou… Olivier de Kersauson ? (Non, en fait, on ne vous laissera pas le choix.) « Ils sont violents quelquefois, c’est à eux n’y touchez pas », tralalalalalala.

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