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La droite vide

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Publié le

29 avril 2022

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Divisée en plusieurs chapelles au moment d’affronter les législatives, la droite française se perd dans les querelles personnelles et semble avoir pris goût à la défaite. Au grand dam du bien commun qu’elle prétend défendre.
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La droite française marche au cimetière. Elle court vers sa tombe, la fange collée aux semelles. Les Républicains, adeptes du syndrome de Stockholm, se livrent avec délectation aux supplices que leur impose leur tortionnaire favori, Nicolas Sarkozy. Ils rampent à ses pieds, voguant d’humiliations en humiliations au lieu de le renvoyer brutalement dans les poubelles du passé. Ils s’acharnent à vouloir ranimer un cadavre, celui des temps où ils étaient au pouvoir, où ils mentaient avec succès et promettaient un programme de droite pour s’empresser ensuite de gouverner au centre. Ils portent en eux la mollesse pâteuse de tous leurs reniements et se refusent à trancher entre ceux qui rêvent d’enfiler les godillots du macronisme et ceux qui s’y refusent. Pris en étau, ils suffoquent, attendant de se faire broyer, priant pour que leur ancrage local de petits hobereaux de province résiste encore un peu et les sauve une dernière fois.

Quant à l’autre droite, celle du Rassemblement national et de Reconquête, elle se déchire, prisonnière de ses haines d’appareil, des rancœurs personnelles et des rivalités

Quant à l’autre droite, celle du Rassemblement national et de Reconquête, elle se déchire, prisonnière de ses haines d’appareil, des rancœurs personnelles et des rivalités. Un spectacle pitoyable se déroule sous nos yeux, mené par des gens qui pourtant se déclarent tous obnubilés uniquement par l’intérêt général. Il faut croire que la défaite leur convient, qu’ils aiment claironner au vent des Bérézina. Aveuglés par leurs ambitions, rongés de l’intérieur par des esprits étroits, ils nient les évidences de leurs échecs cinglants. Ils se sont visiblement trop habitués à servir de paillassons électoraux, piétinés par leurs adversaires, pour s’imaginer dans un autre rôle. L’une a fait un parfait étalage de sa médiocrité docile lors d’un débat d’entre-deux-tours où elle capitula en race campagne, incapable de la moindre forme de combativité, visiblement tétanisée par ses peurs, pliant devant les arrogances, hantée de son infériorisation intellectuelle.

L’autre a fini, vautré dans les choux, d’avoir voulu, grand sabre au clair, chargé droit contre un mur en agitant des idées fixes tournant à l’obsession civilisationnelle quand il aurait fallu s’en dégager, prendre de la hauteur et surplomber les événements. Aucun des deux ne manque de courage, ni même de volonté. Mais ils préfèrent visiblement se gratter réciproquement les plaies plutôt que de s’unir. Ils s’agacent et se rabaissent mutuellement, chacun ne pensant qu’à mordre le voisin. Quand donc Marine Le Pen admettra-t-elle que la marche élyséenne se dresse beaucoup trop haute pour elle et qu’il lui faut céder la place. Durant des années, Éric Zemmour, pour sa part, a sonné le tocsin avec bravoure et acharnement. En quelques mois, non sans brio, il a bâti une force politique importante. Cependant, le costume de candidat ne lui va pas. Il l’enferme dans une posture hirsute.

Lire aussi : La campagne Zemmour, ou la redécouverte du sens politique

À gauche, les marxistes vivent depuis bientôt deux siècles en attendant une révolution qui ne survient jamais. La droite se met à étrangement leur ressembler, comme si, en son sein, la frustration et les naufrages répétitifs constituaient une drogue dont beaucoup ne pouvaient plus se passer. Dans chaque camp, à droite, chacun va désormais en pérorant sur ses chances de gains aux élections législatives, sur le nombre d’élus probables, sur les fines stratégies à déployer afin d’échouer le plus triomphalement possible.

Certains nous promettent déjà la victoire pour l’an 2027, ou pour l’an 2032, et pourquoi pas aussi en l’an 3522. Ils refusent d’admettre que, tels qu’ils sont et tels qu’ils vont, même sans adversaire, même candidat tout seul à une élection présidentielle, ils arriveraient encore à la perdre.

Cette droite se trouve vide de toute perspective de gouvernement.

C’est une droite de glorioles, de gaudrioles et de fanfares qui défile à nos portes en réclamant nos votes. Le malheur est que, comme droite, nous n’en avons pas d’autre.

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