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ITER : la voie vers l’énergie illimitée

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Publié le

10 mai 2022

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La prochaine révolution technologique naîtra en France. L’Incorrect vous emmène sur un chantier historique, à la rencontre de la machine qui changera la face du monde. Reportage.
Au-coeur-du-reacteur

Imaginez l’humanité disposant d’une source d’énergie propre et illimitée ? Des centrales nucléaires sûres, dont on n’aurait plus besoin d’enfouir les déchets, et dont le combustible se trouverait en quantité suffisante pour alimenter la terre en énergie, pour les 100 prochains milliards d’années ? C’est la prochaine révolution technologique qui se joue à Cadarache, dans le sud de la France, avec le projet international ITER (International thermonuclear experimental reactor). 

ITER qui signifie « voie » en latin, c’est un chantier colossal, une machine expérimentale à la pointe de la science connue, et un principe physique – en principe – inatteignable sur terre : la fusion nucléaire. À l’inverse de nos centrales classiques, dont les réacteurs fonctionnent par fission nucléaire, la machine en construction, le tokamak, a pour but de reproduire la réaction de fusion opérant au cœur du soleil.

© Aurore Leclerc pour L’Incorrect. Le complexe tokamak est un édifice qui a nécessité 150 000 m3 de béton et plus de 20 000 tonnes d’acier, comprenant sept niveaux, dont deux souterrains. Il domine le chantier de ses 60 mètres.
© Aurore Leclerc pour L’Incorrect. C’est dans le bâtiment d’assemblage que sont acheminées et préassemblées les pièces de la machine. Le bâtiment mesure 60 mètres de haut, sur 97 mètres de long, et 60 mètres de large.

Le tokamak ITER, est une structure toroïdale de 30 mètres de haut pour 30 mètres de large, entourée de 10 000 tonnes d’aimants. Afin de produire sur terre une réaction de fusion, des atomes de deutérium et de tritium (deux isotopes de l’hydrogène) seront chauffés, dans une chambre à vide, à 150 millions de degrés (dix fois plus chaud qu’au cœur du soleil), pour en faire un plasma. Puis, pour forcer les atomes à fusionner, et ne pas abîmer les parois de la machine, ce plasma devra être maintenu dans un champ magnétique continu. En fusionnant, les atomes de deutérium et de tritium donneront un atome d’hélium et un neutron, produisant une quantité inimaginable d’énergie.

Le deutérium se trouve en quantité illimitée dans l’eau de mer, quand le tritium est un déchet radioactif. Plus tard, le tritium pourra être fabriqué en incluant du lithium dans les parois du réacteur : le neutron dégagé par la réaction de fusion initiale, viendra percuter le lithium, et de cette collision naîtra un atome de tritium. Ainsi, si nous parvenons à extraire du lithium de manière propre, ou à le distiller de l’eau de mer, nous aurions du combustible à l’infini pour une énergie illimitée. Ainsi, un litre d’eau de mer équivaudrait à 350 litres d’essence.

© Aurore Leclerc pour L’Incorrect. Un des neuf secteurs de 40° qui formeront la chambre à vide de 360°.
© Aurore Leclerc pour L’Incorrect. Un autre secteur de la chambre a vide, associé à deux bobines supraconductrices. Ces immenses bobines, au nombre de 18, permettront de générer le champ magnétique confinant le plasma.  

En outre, la fusion nucléaire ne comporte pas de risque d’accident. Si du plasma s’échappe (à la manière d’une éruption solaire), il heurtera la paroi refroidie par de l’eau et de l’hélium liquide cryogénisé. Sa température baissera alors immédiatement de plusieurs milliers de degrés. Si cela semble peu, c’est en tout cas suffisant pour stopper net la réaction de fusion. La chaleur échappée du plasma sera, quant à elle, récupérée par un divertor.

Selon Alain Bécoulet, responsable du domaine d’ingénierie ITER : « La fusion nous permettra enfin de nous affranchir des énergies fossiles, qui sont un facteur majeur de déstabilisation géopolitique. Lorsque l’eau douce manquera, elle nous offrira la quantité d’électricité nécessaire pour la désalinisation de l’eau de mer. En plus d’apporter la paix et d’alimenter l’humanité, cette source d’énergie inépuisable nous permettra peut-être même, d’ici deux siècles, d’explorer l’espace à la vitesse de la lumière ».

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