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Édouard de Praron : « De plus en plus de gens ont un sentiment de dépossession »

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Publié le

11 mai 2022

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Dans son roman « Dépossession », Édouard de Praron retrace le parcours de Jean, un jeune Français qui se droitise face au tragique du réel.
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Dans votre livre, vous décrivez la droitisation de Jean, jeune français issu de la bourgeoisie catholique. Avez-vous tiré cette idée d’une observation plus générale de la société ?

Depuis le mouvement de La Manif pour tous, une frange des catholiques s’est politisée et a choisi de réinvestir les champs politique et métapolitique. Une partie de la jeunesse se droitise aussi par l’observation du réel : l’immigration de masse et les attentats sont les deux facteurs principaux ayant « droitisé » les jeunes pour défendre leur identité.

De plus en plus de gens ont un sentiment de dépossession. Leur pays est en train de leur être enlevé. La France change culturellement avec l’immigration et l’américanisation. Dans le cadre des loisirs, on vous perturbe quand vous allez chasser, quand vous mangez de la viande, etc. La fragilisation des liens familiaux observée par les jeunes, qui a d’ailleurs déclenché la Manif Pour Tous, les pousse à s’engager. Il y a aussi la dépossession de la nature, ou encore du droit de vote avec l’UE. Au fond, les gens n’ont plus de prise sur le réel. Cependant, mon analyse n’est pas sociologique.

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Observez-vous un dur retour au réel de la part des Parisiens déconnectés ?

Les attentats sont la partie émergée de l’iceberg, et ils ont fait prendre conscience à tout le spectre politique des dangers de l’immigration de masse. Une contre-société, terreau du trafic de drogue et de la radicalisation, a contribué au basculement de beaucoup vers le djihad. Ce n’est pas par peur personnelle des attentats, encore relativement rares, que les Français s’inquiètent, mais parce qu’ils sont le symptôme d’un changement de société. Le réel s’impose aux hommes : vous pouviez voter pour le PS en 1981, et voter désormais pour la droite avec les importantes vagues d’immigration que l’on subit. J’ajoute aussi dans mon livre une dimension conservatrice à la critique de la société de consommation et à la tertiarisation de l’économie.

Pourquoi opposer dans votre livre un Paris déconnecté et une campagne enracinée ?

Les élections de 2022 l’ont encore montré : il y a une déconnexion de la France des grandes villes vis-à-vis des provinces. La majorité des Parisiens est incapable de reconnaître cinq types d’arbres, ou de savoir comment pousse un champ de blé. Le grand-père de Jean dit d’ailleurs que cela ne sert à rien de connaître Molière par cœur si on ne connaît pas le rythme des saisons. Dans les grandes villes, la culture a trop pris le pas sur la nature. Les bobos ont un rapport complètement déconnecté à la nature et à la famille – quoique l’on voit désormais des Parisiens à la campagne.

La foi permet l’apaisement

À la fin de votre livre, Jean réalise un accomplissement religieux. Pourquoi ?

Je veux montrer que la France est chrétienne. C’est peut-être la seule chose qui peut réunir les Français : défendre l’identité française tout en prenant soin du plus faible. Le christianisme, contrairement à l’identitarisme, permet de vouloir le bien de chaque être humain. Comme l’a dit Simone Weil : « L’enracinement est le besoin le plus impérieux de l’être humain ». Pour viser cet enracinement, l’être humain a besoin de vivre dans un pays qu’il connaît, que ses ancêtres lui ont légué et qu’il veut transmettre à ses enfants avec sa culture, son mode de vie et ses mœurs. Une immigration de masse n’est pas compatible avec cela. En même temps, il y a une dimension universelle dans le catholicisme qui permet une ouverture marginale à d’autres cultures. Il faut une prise en compte du plus faible.

L’idée du livre est de suivre un jeune Français à travers les grands moments de sa vie : au travail, dans son immeuble, en famille, lorsqu’il lit les journaux. Tous ces moments lui font prendre conscience de la dépossession dans son pays, de la crise d’identité qui le frappe et il va se demander comment il peut lutter contre cela. Jusqu’à récemment, on pouvait vivre sa vie à la campagne en ignorant le reste, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. Le réel s’impose à nous. Et je crois que la foi permet l’apaisement.


Dépossession d’Édouard de Praron
Presse de la Délivrance, 244 p., 10 €

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