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Macron II : le retour de la violence politique ?

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Publié le

23 mai 2022

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Loi Travail, Gilets Jaunes et manifestations anti-passe : le premier quinquennat Macron a été celui d’un retour à la violence comme moyen d’expression citoyen. Il semble désormais peu probable que sa réélection sorte une France clivée de cette situation.
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S’il existe un phénomène, autre que la haine et le mépris, qui semble accompagner Emmanuel Macron depuis le début de sa carrière politique, il s’agit bien de l’action violente. Il serait évidemment impossible de lui en attribuer intégralement le mérite, mais force est de constater que les relations entre citoyens et politiques n’ont fait que se durcir au fil de ses décisions : les manifestations contre sa loi Travail se sont avérées particulièrement violentes, et la tendance s’est par la suite confirmée. Le 1er Mai 2018, puis les Gilets Jaunes et enfin les manifestants contre le passe sanitaire ont accentué ce retour vers des moyens de revendication violents et symboliques.

Tout d’abord, il est important de noter qu’il s’agit bel et bien d’un « retour » de la violence en politique et non d’une nouveauté. Avant les années 80, il était monnaie courante pour les agriculteurs ou les ouvriers d’aller manifester leurs outils à la main face à des policiers sous-équipés. Sans parler de Mai 68, ou des dizaines de groupes terroristes des années 70. Il est évident que par le passé les relations entre le pouvoir politique et le peuple étaient caractérisées par une violence bien plus forte que la pire manifestation de Gilets Jaunes. Néanmoins, depuis les années 80 la tendance semblait aller vers une pacification des rapports sociaux : la police se protégeait toujours davantage et les manifestants, désarmés, tendaient à préférer des moyens d’action pacifiques.

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Pourtant, depuis quelques années, un changement s’opère. La chute de la confiance envers les canaux politiques traditionnels et la déconnexion entre la classe dirigeante et la population, semblent s’être accompagnées d’un retour à d’autres moyens d’actions. Un changement politique majeur est en train d’avoir lieu : l’ère du dialogue touche à sa fin, l’avenir est à la confrontation politique. Les citoyens n’arrivant plus à influencer leurs « représentants », la situation tourne au rapport de force.

Les manifestations représentent la face visible de ce changement de paradigme. Elles ne sont plus encadrées par des syndicats, aujourd’hui ridiculisés, méprisés, voire ouvertement rejetés, et se caractérisent par une croissance des violences symboliques. Si certaines de ces violences sont dues à des groupes d’extrême-gauche, les considérer comme uniques responsables serait se voiler la face : les Gilets Jaunes, notamment, étaient largement à droite et cela ne les a pas empêchés d’investir l’Arc De Triomphe, ou d’incendier le Fouquet’s, une préfecture ou des péages. Il est même possible de remonter cette croissance de la violence manifestante jusqu’aux Bonnets Rouges, qui par leurs actions avaient obtenu gain de cause face au gouvernement. Cependant, en parallèle de la violence des masses semble se développer une violence plus ciblée, et ce particulièrement ces dernières années.

L’ère des attentats de l’Action Directe ou du groupe Charles-Martel est loin derrière nous. Pourtant, en l’espace d’un an, le FLNC et le FLB ont annoncé leur retour (discret, pour le moment) tandis que les arrestations de cellules d’extrême droite se multiplient. 11 individus de droite ont été condamnés pour avoir projeté un attentat depuis 2017, et plus d’une cinquantaine de dossiers attendent toujours d’être jugés. Du côté de l’extrême-gauche, 7 individus ont été appréhendés en 2020 pour avoir projeté un attentat. La DGSI a déjà exprimé à de nombreuses reprises son inquiétude au sujet de la « radicalisation » des groupuscules politiques, et craint d’autant plus l’action d’individus isolés et imprévisibles.

L’État ne semble pas prendre la mesure de ce bouleversement de la situation politique du pays et continue d’accroître son contrôle

Cependant, tout cela n’est que conjectures, faute d’une confirmation en chiffres des inquiétudes de la DGSI. Il faut donc regarder ce qui est mesurable dans cette augmentation de la violence politique : les agressions d’élus. Il faut dire que les images d’Emmanuel Macron fuyant le Puy-en-Velay, poursuivi par des manifestants galvanisés, ou celles de sa mémorable gifle, ont laissé des traces dans l’imaginaire collectif. En 2020, plus de 500 maires (ou adjoints) ont été victimes d’agressions physiques, soit 140 de plus qu’en 2018. De plus, en 2020, une soixantaine de parlementaires ont également été attaqués, et de nombreuses permanences se sont retrouvées vandalisées. En additionnant tous les types d’agressions, 1276 élus auraient été touchés sur l’année 2020 soit trois fois plus qu’en 2019. Cette tendance s’est confirmée en 2021, avec 605 maires et 162 parlementaires agressés physiquement, ce qui  constitueune augmentation fulgurante.

L’État ne semble pas prendre la mesure de ce bouleversement de la situation politique du pays et continue d’accroître son contrôle, participant pleinement au durcissement des rapports de force se mettant en place. On trouve par exemple dans le programme d’Emmanuel Macron pour 2022 une mesure consistant à « priver de droits civiques ceux qui s’en prennent aux dépositaires de l’autorité publique ». Récemment, il expliquait encore que les non-vaccinés n’étaient plus des citoyens. Comme souvent, ces mesures et discours sécuritaires ne sont pas dirigées contre les délinquants mais contre les Français désireux de se faire entendre et respecter.

Il est difficile d’estimer le résultat de cet accroissement des tensions, qui pourrait conduire à la transformation déjà entamée de notre État en régime autoritaire, ou bien déclencher un bouleversement historique tel que nous n’en avions pas connu depuis des décennies. L’avenir est incertain, mais sa violence ne l’est pas.

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