Alors qu’on nous explique toute la journée qu’il s’agit de se passer des pesticides, Eléonore Leprettre devient directrice de la communication et des affaires publiques de l’ex-Union des industries de la protection des plantes, ridiculement rebaptisée Phyteis. Elle rejoint ainsi le lobby des pesticides. C’est un évènement pour le moins surprenant quand on sait qu’Eléonore Leprettre travaillait comme chef de cabinet du ministre de l’Agriculture Marc Fesneau.
Du côté des « écologistes », on s’étrangle. Sandrine Rousseau (candidate Nupes aux législatives à Paris) réagit : « Voilà la macronie à visage découvert ». Et Yannick Jadot ajoute : « Les lobbys au cœur du quinquennat saison 2. Absolument scandaleux au regard des urgences environnementales, sanitaires et alimentaires ». Dans le même registre, nous entendons La France Insoumise dénonce par la bouche du député de la 3e circonscription de Gironde, Loïc Prud’homme, des « habitudes honteuse de pantouflage et retro-pantouflage de la macronie », précisant que « les lobbyistes n’ont pas l’oreille attentive du gouvernement, ils sont le gouvernement ! Élu, je m’engage à déposer une proposition de loi contre ces pratiques dès l’été ».
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Incohérences manifestes
Au cours de sa campagne, Emmanuel Macron avait estimé que les objectifs européens de baisse du recours aux produits agrochimiques dans un but de « verdissement de l’agriculture » devaient être « adaptés » en raison notamment de la guerre en Ukraine. Le Monde constate avec justesse que « jusqu’à présent l’objectif national, fixé en 2008 par le plan Ecophyto, a visé à réduire de moitié les usages de pesticides en dix ans. Non seulement cet objectif n’a pas été tenu mais le recours à ces produits a augmenté depuis le lancement du plan ». Comment expliquer cela ? Peut-être que les membres de la majoité ne sont pas totalement au clair sur la distinction entre le privé et le public ? Ou peut-être que leur discours officiel (sur les pesticides, par exemple) n’est qu’une façade ?
C’est d’autant plus dérangeant qu’effectivement le revirement d’Eléonore Leprettre n’est pas une exception. On remarque dans le parti du président de la République plusieurs cas identiques : par exemple, Mickaël Nogal (député de Haute-Garonne) annonçait en mars 2022 son « retour » à la direction générale de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA). Il y a également le cas d’Audrey Bourolleau (ancienne conseillère « agriculture, pêche, forêt et développement rural » d’Emmanuel Macron et ancienne lobbyiste du secteur viticole tricolore) qui a quitté l’Elysée en 2019 afin de fonder Hectar, (« le plus grand campus agricole du monde, aux portes de Paris »), pour, en plus, revenir cette année en tant que coordinatrice agriculture de la campagne d’Emmanuel Macron.
Les prix tuent nos entreprises à cause de la mondialisation et du libre-échange européen
Pour mieux comprendre ce que représentent ces entreprises ANIA et Hectar, nous sommes allés interroger plusieurs personnes sur le terrain : un chef d’exploitation agricole et Olivier qui est étudiant en droit agricole et qui travaille en même temps sur une exploitation. Il faut se rendre à l’évidence : ces entreprises sous couvert de bonnes actions viennent détruire nos paysans et nos agriculteurs, et détruire du même coup notre industrie agro-alimentaire française.
Qu’est-ce que Hectar ? Voyez-vous cette entreprise d’un bon œil ?
Olivier : Hectar est une association : c’est le plus grand campus agricole au monde. Son but est de « rebooster » le domaine agricole français en adoptant une politique qui favorise l’innovation et donc la croissance économique par l’agro-alimentaire. Ils prétendent sauver des emplois qui se perdent. Hectar adopte un discours très « écolo », ce qui n’est pas forcément pour nous déplaire. Mais, le problème, comme pour l’ANIA, ce sont des boîtes qui reprennent des exploitations puis souvent les abandonnent si la rentabilité ne correspond pas à leurs attentes. Ils encouragent plus les startups que les exploitations. S’ils ont beaucoup de bonnes idées, ils sont aussi très investis dans le lobbying dont l’intérêt est plus dans la sensibilisation (empreinte carbone, etc.) que dans le développement intelligent et attentionné des exploitations françaises. Bref, ils ne sont pas très humains.
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Que pouvez-vous nous dire de plus sur ce problème et sur l’ANIA ?
Olivier : L’ANIA est une sorte de syndicat autour de tout ce qui touche l’agro-alimentaire. Récemment elle a demandé dans une lettre au gouvernement qu’on ne mélange pas les combats pour le climat et pour la santé (notamment dans le domaine publicitaire), ce qui peut sembler contradictoire : ils insistent sur le fait que l’interdiction des produits non équilibrés n’est pas du ressort de l’État qui ne doit s’occuper que du climat. Cet évènement a montré entre-autre que l’ANIA ne cherche pas le bien des français mais d’abord son intérêt. Un article de Reporterre du 12 novembre 2020 rendant publique cette lettre de l’ANIA dénonce, en citant Foodwatch, l’irresponsabilité de l’ANIA : « En France, un enfant sur 6 est en surpoids ou obèse. « La publicité pour la malbouffe est un fléau. L’épidémie d’obésité que dénonce l’OMS depuis des années s’aggrave, et s’avère un facteur aggravant dans la crise de Covid-19. Nous sommes face à une vraie question de santé publique », affirme l’association dans un communiqué. Elle note d’ailleurs que « l’Ania n’a pas jugé bon de placer le ministère de la Santé en copie de son courrier » et y voit une forme d’aveu ».
Ce que veut l’ANIA, c’est que la France soit compétitive au niveau mondial, ce qui est d’ailleurs affiché en première page de son site internet avec le projet France 2030. Comment analysez-vous cela ?
Olivier : C’est une bonne idée sur le principe mais c’est là que se cache la fourberie : on n’est pas dans un système protectionniste, il est donc beaucoup plus dur pour nos paysans de s’aligner sur de tels objectifs que pour la Chine par exemple ! Le système européen avec ses contraintes idiotes, et même le système français, tuent nos campagnes et nos petits et moyens producteurs, ceux qui sont la plupart du temps les plus respectueux de l’environnement dans la réalité du terrain. En effet, il meurent parce qu’ils doivent baisser les prix de manière drastique ou la qualité (ce qui va généralement aller ensemble). Les prix détruisent nos entreprises à cause de la mondialisation et du libre-échange européen. L’étape suivante c’est d’utiliser des produits qui permettent un meilleur rendement, mais ces produits sont destructeurs pour l’environnement. Et pour le bétail ce sera la surexploitation, qui est aussi une catastrophe.





