Skip to content

[Portrait] Joanna Williams : la cuisine woke

Par

Publié le

20 juin 2022

Partage

Joanna Williams publie un essai au lance-flammes contre les wokes, qui selon elle méprise les classes populaires, la nation et la démocratie.
Joanna Williams-Steve Reeves

« Privilège » est devenu le mot clé du wokisme, mouvement passé maître dans la corruption du vocabulaire. L’élite woke a inventé le « privilège blanc », façon habile de partager la culpabilité adhérente à ses avantages et de se décharger d’une partie de son fardeau sur les classes populaires. Désormais un SDF blanc de peau est privilégié, au même titre qu’un fils de. 

L’élite woke est une élite qui ne dit pas son nom

« L’élite woke est une élite qui ne dit pas son nom. Il y a cinquante ans, on était dirigés par des hommes formés à Eaton et Oxford, qui assumaient leur statut élitaire. Les wokes prêchent l’égalité via de fausses valeurs (diversité, fluidité du genre) pour s’octroyer une supériorité morale. Tandis que les perdants du wokisme subissent des factures énergétiques exorbitantes, une inflation galopante et, en bonus, le mépris des wokes, au prétexte qu’ils ne sont pas au fait des dernières élucubrations des lexicologues ».Voilà le diagnostic de Joanna Williams. Elle vient de publier un essai, How Woke Won : the elitist movement that threatens democracy, tolerance and reason[Comment le wokisme a gagné : le mouvement élitiste qui bafoue démocratie, tolérance et raison]. C’est l’autopsie d’une victoire : on y découvre les dégâts cataclysmiques indigés par le wokisme aux sociétés anglo-saxonnes. Son livre fouille le phénomène, en retrace la progression au sein des institutions, en dévoile les théoriciens, les ressorts et les apories. Un essai documenté, clair, brillant, réfléchi et tout à fait inquiétant.

La relation entre l’élite et le peuple est une question qui occupe Joanna Williams.  Nous nous retrouvons à l’hôtel Renaissance, le bâtiment gothique qui jouxte la gare Saint-Pancras où arrive son train. Elle habite Canterbury, élégante ville du sud de l’Angleterre, nantie de la célèbre cathédrale où coula le sang de Thomas Becket. Joanna est une intellectuelle, éditorialiste, ex-universitaire. Elle a l’oreille du gotha. Quand on se quittera, elle enchaînera avec un rendez-vous à la Chambre des Lords. L’élite, en un sens, Joanna en est. 

Le peuple, elle en est aussi, pour avoir grandi à Middlesbrough, ville post-industrielle du nord-est de l’Angleterre. « J’y ai passé ma jeunesse dans les années 1970-1990. J’ai vu les aciéries fermer, le chômage frapper les habitants, y compris mon père. Tous les problèmes propres à cette région, le chômage, l’alcoolisme, le divorce, ont touché ma famille. Mes parents avaient quitté l’école à 14 ans, mon père était ouvrier, j’étais l’aînée de cinq enfants, nous n’avions pas d’argent, mais mon sort était commun à la plupart des enfants de Middlesbrough ».

Lire aussi : Wokes, indigénistes : pourquoi sont-ils racistes ?

Joanna Williams a fondé un think-tank, présenté sur son site comme « fermement du côté du peuple », auquel elle a donné un nom latin, Cieo [mettre en mouvement, provoquer– prononcer Kio]. Y sont explorés « les sujets négligés par l’université ». On y cogite sur la démocratie, l’identité, la liberté, les frontières. Un think-tank populiste ? « J’aimerais beaucoup que Cieo soit un think-tank populiste, commenté au pub par des gars de Middlesbrough ! »

Après douze ans à l’Université de Kent dans un centre de recherche sur l’éducation supérieure, Joanna est embauchée à Policy Exchange, le think-tank conservateur le plus influent du Royaume-Uni. Mais de quel bord est-elle, cette polémiste de 48 ans dont on trouve la signature dans la presse de droite (Telegraph, Daily Mail, Spectator) et qui collabore depuis dix ans au magazine Spiked ? « À 16 ans, j’adhérais au groupuscule le plus à gauche du parti travailliste, qui s’appelait Militant. C’est que, enfant, je ne me suis jamais dit : pourquoi mon père n’at- il pas un meilleur salaire ? Pourquoi ma mère ne travaille-t-elle pas ? Pourquoi ont-ils fait cinq enfants s’ils n’ont pas d’argent ? J’ai toujours pensé : tout est de la faute de Margaret Thatcher ! Et à 19 ans, j’ai rejoint le Parti Communiste Révolutionnaire. »

Elle assume son passé politique, qu’elle juge cohérent avec sa dénonciation du progressisme. « Le wokisme méprise les classes populaires, se moque de la nation, dénigre les traditions, sectionne les liens familiaux, piétine la démocratie ». Son essai nous renseigne sur ce qui nous attend, la France ayant seulement un petit temps de retard dans ces affaires d’identité de genre, de racialisme, de réhabilitation assumée de la dénonciation publique des hérétiques.

On m’a reproché d’utiliser le mot woke, désormais tabou

« J’espère que mon livre fera réagir. Je ne doute pas qu’il va en agacer certains. Déjà, on m’a reproché d’utiliser le mot woke, désormais tabou. Évidemment, puisque c’est un terme qui permet d’identifier et de critiquer ce mouvement délétère. Une seule crainte me poursuit : ai-je vu juste ? Les woke ont-ils vraiment gagné la partie ? » Pas simple d’identifier le sens de la marche. Wokisme/anti-wokisme, deux pas en avant, un pas en arrière… « Ça évolue si vite. Je donne des cours sur la pensée politique féministe dans une école américaine. Il y a quatre ans, toutes mes élèves (elles ont vingt ans) se déclaraient féministes. Parmi la promo 2021-2022, aucune n’ose s’associer à ce mouvement « cisgenre ». Même nos politiciens, de peur de froisser les transgenres, refusent de répondre à la question : qu’est-ce qu’une femme ? »

Après deux heures en compagnie de Joanna Williams, on se dit qu’une femme, c’est un être brillant, qui ne compte pas son temps et qui combat sans relâche les fausses valeurs du moment.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest