Il y a quinze ans, Sylvain Gouguenheim provoquait un scandale dans le landerneau universitaire. Son ouvrage Aristote au Mont-Saint-Michel réévaluait l’apport du monde musulman dans la transmission de l’héritage grec antique. Après quelques années de goulag médiatique, Sylvain Gouguenheim revient avec un ouvrage passionnant sur les derniers païens d’Europe. Agrégé d’histoire et spécialiste du monde germanique, il décrit la rencontre au XIIe siècle entre les chrétiens et les païens baltes (Prusse, Lituanie, Biélorussie). « Païens » appartient au vocabulaire du vainqueur : pour les chrétiens, cela définit une population inconnue du monde romain. Ce choc des cultures s’est opéré tardivement compte tenu d’une géographie difficile, faite de forêts denses et de marais. Lors de la conquête des territoires baltes, les chrétiens découvrent avec horreur la sauvagerie des « païens ».
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Gouguenheim raconte le martyre d’un prisonnier éventré dont les intestins sont cloués à un arbre : celui-ci doit courir et s’enrouler autour du tronc ! La conversion au catholicisme à grands coups d’épée met fin à l’incinération, aux orgies, aux magiciens et aux supplices. Plus que la disparition de croyances religieuses, il s’agit de la fin d’un mode de vie. Car le paganisme est un ensemble de traditions qui définissent la vie sociale. Le catholicisme n’éradiquera pas toutefois le paganisme, sans doute parce que celui-ci donne sens au monde. Et l’auteur de conclure : « Cela relève peut-être d’une couche plus profonde, celle des croyances héritées de la Préhistoire face à la puissance de la nature, partagées, ressenties durant des millénaires et qui ne se sont jamais effacées de la psyché humaine, tant l’homme demeurait dépendant pour sa survie des aléas climatiques et météorologiques. Cette religiosité est orientée autour de l’idée de Puissance ».

Passés composés, 444 p., 24 €





