Les éditions Salvator rassemblent et traduisent en français pour la première fois sept textes de William Cavanaugh, l’un des grands théologiens de notre temps. Quoiqu’assez divers, partant d’une rétrospective sur son parcours de foi pour aboutir à une réflexion sur les rapports de l’Église au monde, chaque texte rejoint et nourrit un même diagnostic : loin d’être « désenchanté », selon la célèbre formule de Max Weber reprise par la théologie catholique avec et depuis Vatican II, Cavanaugh (avec le pape François) considère plutôt le monde moderne comme « mésenchanté ». Au lieu d’un anéantissement de la foi, le processus de sécularisation s’accompagna d’une sacralisation du profane, d’une « migration du sacré de l’Église vers le monde ».
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Si l’on considère le religieux du point de vue fonctionnaliste (« système de croyances et de pratiques orientées vers un but ultime »), notre monde regorge effectivement d’idoles qu’analyse finement le théologien : le consumérisme et l’argent (thèmes sur lesquels il est depuis longtemps reconnu), la liberté libérale ou le nationalisme. Ainsi donc, le monde adore partout et tout le temps. D’où l’on tire une vérité du premier ordre, et source d’espérance, qu’avait perdu de vue le discours du « désenchantement » : l’ère de la raison n’a en rien chassé le mouvement de la foi ; ces idolâtries sont autant de signes d’un tâtonnement, d’une recherche de Dieu inscrite dans le coeur de l’homme. On regrettera chez l’auteur un anti-trumpisme assez facile (en plus de la Hongrie et de la Pologne) : l’on ne peut à la fois déplorer le reflux du christianisme en Occident, et cracher sur les rares bras séculiers qui entendent le soutenir.

Salvator, 200 p., 20 €





