John Lydon, le leader des Sex Pistols, le dit lui-même : « Si je voulais maintenant être un transgresseur, je devrais être de droite. Les conservateurs sont les nouveaux punks ». Voilà pourquoi les Sex Pistols ont aujourd’hui davantage leur place à L’Inco qu’aux Inrocks. Peut-être quelques-uns ont-ils en tête les images de quatre canailles signant un contrat avec une exubérance outrageante, devant Buckingham Palace, entourés de quelques policemen décontenancés. C’était en mars 1977. Quelques mois auparavant, l’Angleterre découvrait ce groupe de voyous ivres et ricaneurs lors d’une scandaleuse émission de télévision. Il n’en fallait pas plus pour que le mot punk soit connu de tous, des salons de thés respectables aux pubs les plus louches. À n’en pas douter, les Sex Pistols avaient un sens aigu de la promotion.
Sous l’égide de McLaren
Pourtant, quand certains groupes se forment après des rencontres qui sonnent comme des évidences, la réunion de ces quatre morveux, elle, sera boiteuse. En 1973, Steve Jones, petit délinquant londonien fou de rock’n’roll forme un groupe avec Paul Cook à la batterie. Ils ont à peine dix-huit ans et traînent régulièrement, durant leurs errances alcoolisées, dans le magasin de vêtements d’un couple de sympathiques excentriques que sont Malcolm McLaren et Viviane Westwood. Cette boutique (SEX) située au 430, Kings Road à Londres deviendra en quelque sorte la garde-robe et l’antichambre du punk anglais. Malcolm McLaren présente bientôt à Steve Jones un bassiste digne de ce nom: Glen Matlock, qui sera remplacé par l’iconique Sid Vicious. Il ne reste qu’à trouver un chanteur. C’est encore McLaren, qui s’est décidé à manager le groupe, qui débusque ce type louche et fascinant qu’est John Lydon et qui deviendra Johnny Rotten (« Jeannot le pourri »). Les Sex Pistols sont nés. Leur venue au monde sera explosive.
En six épisodes, c’est toute l’aventure brinquebalante de ces zigotos délurés qui nous est contée
Les enragés chez Disney
L’album Nevermind the bollocks sort à l’automne 1977. La musique des Sex Pistols est pleine de fureur. Elle ne souhaite pas être aimable, elle ne groove pas, elle refuse de reprendre son sou)e. S’il est d’une formidable originalité, le style des Sex Pistols pourrait toutefois s’apparenter à un mélange entre la brutalité d’Iggy & The Stooges et le cirque dégoulinant des New York Dolls, mais leur principale singularité vient de la voix de Johnny Rotten: nasillarde, goguenarde, moqueuse, démente, insolente, burlesque… Je réécoute cet unique album des Sex Pistols régulièrement depuis désormais quinze ans (s’il faut sans doute lire Proust après vingt-cinq ans, il est en revanche navrant de découvrir cet album en dehors d’une adolescence chaotique), et toujours, la tempête sonique de ces douze titres se déchaîne avec la même force. Aujourd’hui, plus de quarante ans après leur séparation misérable, on peut se demander si un autre groupe qu’eux a, en si peu de temps, autant marqué l’histoire du rock’n’roll (de leur premier titre commercialisé à leur dernier concert, quinze mois se sont écoulés). Après les t-shirts H&M et les cartes de crédit à leur effigie, voici venu le temps de la série télévisée. Depuis le 31 mai, Pistol est disponible sur FX, la chaîne de Disney. Produite et créée par Danny Boyle (le réalisateur de Trainspotting), cette série adapte en images les mémoires du guitariste Steve Jones. En six épisodes, c’est toute l’aventure brinquebalante de ces zigotos délurés qui nous est contée. Les papes du No Future avaient donc un avenir !





