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[Cinéma] Il était une fois Ennio Morricone

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Publié le

6 juillet 2022

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Entre confidences intimes du maestro au cinq cents bandes originales, images d’archives et secrets inédits, Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso) retrace l’immense carrière d’Ennio Morricone dans un excellent documentaire. À ne pas rater !
morricone

À l’âge de huit ans, Ennio Morricone rêve de devenir médecin. Mais son père décide qu’il sera trompettiste, comme lui. Comme quoi : le patriarcat a du bon. Imaginez Ennio né au début des années 2000 ? Mon trombone à couper que le monde n’aurait jamais reconnu le cri d’un coyote, que Le Professionnel aurait fini sa course dans la poubelle des nanards et que Mission n’aurait jamais tutoyé les anges. Deux fois récompensé aux Oscars et auteur de plus de cinq cents bandes originales le Maestro reste le compositeur le plus populaire et le plus prolifique du siècle dernier. Sa musique se renifle à la première note et tous pleurent avec Jacques Perrin à la fin de Cinema Paradiso. Mais l’homme, qui était-il ? Et surtout comment percer le mystère de sa musique si singulière ? C’est ce que propose le cinéaste italien Giuseppe Tornatore qui collabora avec Morricone pendant plus de vingt ans.

Bruits de boîtes de conserve ou de machine à écrire, le jeune Ennio cultive le contrepoint et il devient vite évident que son art va trouver tout son sens au cinéma

Les secrets d’une vocation

Un voyage musical de plus de deux heures, accompagné de Clint Eastwood, Bertolucci, Bruce Springsteen, Dario Argento, Metallica, Wong Kar-Wai, John Williams et, bien entendu, d’Ennio Morricone lui-même. On a connu compagnie plus désagréable. Le compositeur italien (disparu il y a pile deux ans) était avare en interview, mais là, face caméra, il se livre comme rarement, ainsi lorsque, les yeux rougis, il se souvient de sa séparation avec son maître Goffredo Petrassi et du rejet des anciens du Conservatoire qui l’accusent de « se prostituer » en composant pour le cinéma. On devine chez lui un désir de revanche qui explique peut-être en partie la singularité de sa musique et même s’il signera ses premières bandes originales sous pseudo.

Expérimental, il l’a toujours été. Dès ses débuts à la RAI (qui n’était alors qu’une radio italienne) en tant qu’arrangeur d’une émission de variété, Morricone ose : « L’orchestre accompagnait les chansons, moi je voulais les personnaliser, leur offrir une identité propre ». Bruits de boîtes de conserve ou de machine à écrire, le jeune Ennio cultive le contrepoint et il devient vite évident que son art va trouver tout son sens au cinéma. « J’ai composé une valse pour la scène de la gare des Incorruptibles pour offrir un autre point de vue que ce que montre l’image », explique-t-il. On découvre que l’idée de la longue ouverture sonore et hypnotique d’Il était une fois dans l’Ouest lui est venu après qu’il a assisté à un concert « de dix minutes d’un homme qui faisait des bruits avec une échelle », et que lors de son premier rendez-vous avec Sergio Leone, les deux Italiens avaient oublié que leur première rencontre datait en réalité de trente ans plus tôt sur les bancs de l’école primaire.

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Anatomie d’un génie

Si le documentaire regorge de délicieuses anecdotes et de genèses passionnantes des grands classiques du Maestro, Giuseppe Tornatore n’oublie pas non plus que son Ennio est d’abord prévu pour le grand écran. Son film livre une fascinante mosaïque visuelle et sonore entrecoupée d’images d’archives – comme celles montrant le sourire se dessiner sur le visage de Sergio Léone lorsqu’Ennio Morricone lui propose le sublime « Deborah’s theme » d’Il était une fois en Amérique au piano – et des extraits inoubliables des chefs-d’œuvre qu’il accompagna comme Les Moissons du ciel de Terrence Malick. Comment crée-t-on de telles musiques ? « Je joue la musique dans ma tête », nous donne Morricone en guise d’explication. On s’en contentera. Le génie comme les mystères ne s’expliquent, surtout lorsqu’il ose affirmer qu’il « n’aime pas les mélodies ». Personne ne le croit, tout le monde admire. 


Ennio (2h36), documentaire de Giuseppe Tornatore, avec Giuseppe Tornatore, Ennio Morricone, Bernardo Bertolucci, en salles le 6 juillet.

https://www.youtube.com/watch?v=ZGzw1fMj180

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