Fallait-il une énième intégrale de La Traviata ? À l’ère où l’enregistrement studio s’est fait rare, on pouvait croire que la sublime version de Marina Rebeka (Prima Classic, 2019) découragerait toute nouvelle initiative. Mais la tentation était trop forte, et à raison, de tendre le micro aux mille séductions de Lisette Oropesa, déjà acclamée au théâtre dans le rôle de la « dévoyée ». Ceux qui l’ont vue sur scène seront difficilement comblés : l’héroïne vit du charme irrésistible que l’artiste lui confère par sa seule présence, indissociable de sa beauté grisante, de son allure hollywoodienne.
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Et puis, l’écoute seule ne peut que surexposer la légèreté d’une voix certes lumineuse et envoûtante, mais souvent en deçà de la part d’ombre qui hante Violetta, de sa maturité face à la tragédie. Restent les atouts d’une grande musicienne : ligne stylée, diction claire, aisance époustouflante – fraîcheur juvénile drapée d’une noble élégance. Ce qui rend d’au- tant plus discutable le choix des partenaires: un René Barbera (ténor bien connu du public pari- sien pour son Almaviva du Barbier de Séville) trop fade en Germont fils, et surtout un Lester Lynch (Germont père) constamment hors propos, faute d’une émission souple et d’un style maîtrisé. Rien d’inoubliable, donc, en dehors d’une protagoniste hors norme, que l’on verra toutefois au sommet dans le film de Mario Martone tourné à l’Opéra de Rome (2021).
LA TRAVIATA, opéra en trois actes de Giuseppe Verdi – Orchestre Philharmonique de Dresde – Daniel Oren, direction musicale – 2 SACDs Pentatone, 23,69 €





