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Le miracle Barkhane

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Publié le

16 octobre 2017

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Barkhane - L'Incorrect

 

[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]l[/qodef_dropcaps]’Élysée aurait renoncé, temporairement, à couper les ailes de l’opération française au Sahel. La seule carte encore maîtresse, mais fragile, dans notre jeu africain.

 

Trop tôt et trop dangereux. Emmanuel Macron aurait renoncé à réduire substantiellement le dispositif militaire français dans la bande saharo-sahélienne (la « BSS »). Le président novice se serait temporairement rangé à l’avis de l’état-major. Trop tôt : ses amis européens n’ont pas encore desserré les cordons de leur bourse. Quand il s’agit de faire la guerre, l’Europe de la Défense redevient un slogan vide de contenu. La contribution des capitales à l’effort de guerre français est symbolique.

La seule exception est Madrid, dont les avions de transport sont très appréciés de Barkhane qui en manque cruellement. Sur le terrain, la France ne peut compter qu’avec les Américains. Crédits, facilités de ravitaillement en vol pour ses chasseurs, avions de transport pour ses contingents, renseignements d’origine électromagnétique et satellitaire : Donald Trump a confirmé cette orientation stratégique. À la demande de Paris, Bruxelles vient tout de même de décaisser 50 millions d’euros pour la force africaine naissante des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso). Elle monte en puissance sous le parapluie de Barkhane.

Trop dangereux, ont aussi répondu les militaires à Macron. Ce n’était pas le moment de fragiliser le tandem en coupant les ailes du dispositif français : « Aussi fine qu’une feuille de papier à cigarette, notre toile opérationnelle menace de rompre dès qu’on lui retire une section de combat », ont expliqué les officiers de Balard au nouveau patron de la cellule Afrique de l’Élysée, Franck Paris.

 

Intervenir en catastrophe

 

Le scénario de la réduction de Barkhane est apparu au printemps dernier. Il court toujours dans le microcosme politico-militaire. Plusieurs groupes d’intérêts aux motivations diverses le relaient. Bercy, en quête d’arguments pour rogner le budget des Armées : la facture de la plus grosse opération extérieure françaises atteint 700 millions d’euros par an. Les idéologues pourfendeurs de la France Afrique et une frange des « experts » en stratégie. Ancien analyste de la DGSE reconverti dans le privé, Yves Trotignon assène dans le journal Le Monde du 24 avril : : « Le Sahel est en passe devenir un cas d’école de la lutte contre le djihadisme, regroupant tous les ingrédients d’un échec inévitable. Une puissance extérieure, impuissante à générer de véritables solutions et focalisée sur le djihadisme quand d’autres défis ne sont pas relevés, y affronte un ennemi qui ne cesse d’évoluer et profite des crises locales. »

Aux bilans égrainés par les opérationnels, ces alliés de circonstance ont beau jeu d’opposer la description d’un environnement régional en plein délitement. À les entendre, le remède aurait fini par amplifier le mal qu’il était censé soigner : « Barkhane est désormais perçue au Mali comme une force d’occupation ». Les mêmes oiseaux de mauvais augure ont étranglé les Armées avec la « révision générale des politiques publiques » lancée sous Sarkozy (50 000 postes supprimés depuis 2008) et ont plaidé le démantèlement de nos bases africaines, sur lesquelles s’appuya l’opération Serval au Mali en 2013. Ils s’étaient dressés contre l’état-major et les services de renseignements lorsqu’ils voulurent conduire une guerre préventive au Sahel pour étouffer dans l’œuf l’hydre djihadiste.

Il fallut donc intervenir en catastrophe. Le 11 janvier 2013, Serval stoppe in extremis la descente des pick-ups djihadistes d’Aqmi depuis leur sanctuaire du Nord-Mali vers Bamako. Le chef d’état-major malien lance alors : « J’ai vu mon pays perdu. Et la France a sauvé le Mali. Nous n’oublierons jamais cela ». De Nouakchott à Abuja, du Caire à Kinshasa, le continent est marqué par cette intervention à haut risque, désormais étudiée dans les écoles militaires américaines. Après avoir neutralisé un bon millier de djihadistes dans l’Adrar des Iforas, les Français élargissent la traque aux quatre autres pays ciblés par les théoriciens du « Sahélistan » : le Niger, le Tchad, le Burkina-Faso, la Mauritanie. Le 1er août 2014, Serval fusionne avec le dispositif Épervier né au Tchad au milieu des années 80. Ainsi naît cette opération Barkhane qui, « au choix, relève du scandale, ou du miracle », résume un fin connaisseur de la lutte anti-terroriste dans la BSS, admiratif – à l’instar des Américains sur place – des prouesses réalisées par nos soldats.

 

Creuser le sillon de cette soft-colonisation

 

Le premier « miracle » de Barkhane est de nature géostratégique. Le coup d’arrêt de 2013 évite à toute la sous-région de basculer dans le chaos ou sous la férule islamiste. « On est passé à deux doigts du scénario libyen », confirme un colonel. En étendant ensuite son action dans le temps et dans l’espace, Paris se donne les moyens de contrecarrer toutes les velléités de bâtir un État islamique en Afrique de l’Ouest. Car la situation est préoccupante : au nord de la Côte d’Ivoire, des zones entières sont mitées par l’islam radical. Au Mali, les ONG prosélytes du Golfe persique déversent leur manne. La population est essorée par les crises à répétition et l’administration n’en fnit pas de se reconstruire. Les écoles publiques ferment quand les écoles coraniques « pullulent ».

Les diplomates ne mâchent plus leurs mots : au palais d’IBK, c’est « Versailles avant la révolution : personne n’ose mettre en garde un président qui ne pense qu’à sa réélection, contre l’état de pré-insurrection du pays ». Les djihadistes sont passés à l’offensive au Burkina-Faso. Le Niger résiste mieux aux assauts des émirs du Sahel. Sa population est moins morcelée ethniquement, son économie plus diversifiée (l’uranium). Mais il est cerné : à l’ouest, par le reliquat des katibas d’Aqmi ; au sud, par la milice Boko Haram sur les bords du Lac Tchad ; au nord, par le désordre libyen. Le Tchad montre des signes de faiblesse. Son économie est laminée par l’effondrement des cours du pétrole, la santé de son général président, Idriss Déby, chancelante.

Au cœur du chaudron sahélien, Barkhane surveille les foyers éteints et combat les incendies. Avec succès. C’est le second « miracle », d’ordre militaire. Sa zone d’action forme un rectangle de 4 000 km de long sur 1 000 km de large. Avec quelques centaines de véhicules blindés, une vingtaine d’hélicoptères, 8 avions de chasse, 5 drones de surveillance et une dizaine d’avions de transport, les 4 000 hommes du général de division Bruno Guibert mettent la pression sur les katibas. Le cœur de son outil est positionné à Gao, au Mali. Depuis les bords du fleuve Niger, ses hommes couvrent les trois secteurs chauds : l’Adrar des Iforas au nord, où les Touaregs d’Iyad Agh Ghali n’ont pas renoncé à se réimplanter ; les frontières nigériennes et burkinabaises à l’est et la région de Tombouctou à l’ouest, où deux groupes peules sèment l’insécurité. Au total, moins de 500 vrais combattants. « On en a éliminé plusieurs centaines depuis la fin de Serval. Il est impossible de les neutraliser à 100%. Les chefs passent souvent entre nos mailles, se fondant dans la population », décrypte un acteur.

Le troisième miracle de Barkhane est le partenariat militaro-politique franco-africain est. Les pays ont appris à se coordonner pour traquer l’ennemi sur leurs frontières communes. Leurs bilans grossissent. Cet été, la force permanente conjointe du « G5 Sahel » a vu le jour. C’est le premier outil militaire de ce type sur le continent. En prime, on y parle le français. Pas un président ou général du G5 Sahel ne souhaite que les Français se retirent. En quatre ans, grâce à son outil militaire, la France a corrigé l’effet délétère de ses atermoiements et erreurs passés. Il ne tient qu’à ses responsables de creuser le sillon de cette soft-colonisation dont les Américains (et les Chinois) nous ont disputé le monopole. Sans en percer les secrets.

 

 

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