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Laurent Dandrieu : Dernière séance

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Publié le

16 juillet 2026

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© Benjamin de Diesbach

Laurent Dandrieu, il faisait presque partie du paysage. À force de le croiser aux projections presse – c’est souvent le premier à partir, sans doute pour éviter le douloureux small talk des sorties de salle –, on pensait qu’il serait toujours là. Toujours là pour nous rappeler que le déclin du cinéma américain a commencé à la mort de John Ford. Mais voilà : Dandrieu tire sa révérence. Adieu les cons, comme dirait l’autre. Après presque quarante ans de bons et loyaux services, après avoir porté presque tout seul la critique de droite, la coupe est pleine. « Je pense que j’ai fait le tour », nous confiera-t-il en substance, à l’orée d’une journée brûlante où le mercure est annoncé à 40°C. Ce qui ne l’empêche pas d’être en chemise – c’est à cela qu’on reconnaît les vrais. Une certaine idée de la classe américaine, à chercher du côté de Cary Grant.

Il faut dire qu’il fallait un sens du devoir affûté pour se faire une place dans le petit monde de la critique de cinéma alors que toute la Gaule est occupée par le mitterrando-languisme triomphant. Fraîchement sorti de Sciences Po, encarté à l’Action française comme tous les hommes de goût, Laurent se retrouve propulsé à la direction des pages culture de la revue Réaction, ancêtre du mook intello fondé par quelques brillants émules de Pierre Boutang. De fil en aiguille, il passe au Spectacle du Monde, puis à Valeurs actuelles, qu’il ne quittera plus. Soit quarante ans à ferrailler contre la bêtise ambiante : « Cela a été compliqué socialement. Dès le début, j’ai été très mal reçu dans ce milieu. Une semaine après ma prise de fonction, je me suis fait traiter de fasciste devant une vingtaine de confrères. »

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La suite, c’est une ambiance générale plutôt glaciale, ce traitement qu’on réserve à tous les journalistes culture qui ne rentrent pas dans le moule : « Les mails qui restent sans réponse, les demandes d’interviews auxquelles on oppose invariablement le manque de disponibilité de l’artiste… C’est très pénible », résume Laurent avec une courtoisie elliptique bien à lui. Pourtant, son point de vue sur le cinéma finit par toucher : « Dans une époque marquée par le formalisme, je me suis retrouvé à peu près seul sur mon créneau. J’étais l’un des rares à aborder les films non seulement sous l’angle de leur valeur esthétique, mais aussi de leur valeur morale. Certains organes catholiques le tentaient, mais sous un angle très moraliste. À mon modeste niveau, j’ai essayé d’introduire une réflexion morale qui sorte de ce puritanisme étriqué pour s’intéresser à la question de la dignité de la personne humaine. »

À l’heure où n’importe quel internaute brandit son avis que personne n’a demandé, Laurent réhabilite la critique comme art de la vérité. Si elle est éminemment subjective, elle se doit également de produire une forme d’objectivité : « J’ai toujours fait en sorte que mes présupposés soient objectivés au maximum, ancrés dans une anthropologie que j’ai cherché à expliciter aussi clairement que possible, pour que le lecteur puisse se positionner par rapport à elle – l’accepter ou la rejeter – mais en sachant sur quoi elle repose. J’assume complètement de défendre certains principes, une vision de l’homme, comme l’idée que la vraie beauté ne vaut que comme chemin vers la vérité. »

Eh non ! La beauté n’est pas relative, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les gnafrons de l’égalitarisme forcené. « Il y a évidemment une crise du narratif, comme si la réserve de mythes était épuisée. Mais il reste au cinéma une certaine prédisposition à la beauté… Il s’agit quand même de faire des entrées, de plaire au public – ce qui interdit le mépris de la beauté dans lequel se vautre l’art contemporain… » Alors, que restera-t-il de ces quarante ans de critique ? « Terence Malick et sa Ligne Rouge, bien sûr. Sans doute le film que j’ai le plus vu. Pour le reste, je compte bien consacrer le temps qui me reste à la littérature, que j’ai trop délaissée pendant ces années passées à l’ombre des salles de projection. » C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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