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La cravate qu’on enterre

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Publié le

3 octobre 2022

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Pour accessoire qu’elle soit, la sape reste déterminante pour comprendre les interactions sociales. Dis-moi comment tu t’habilles, je te dirais ce que tu veux me dire. Tous les mois, nous décryptons pour vous l’envers des vestes et le dessous des semelles. Accessoire du mois : la cravate, malheureusement en voie de disparition.

À peine élus au Parlement, les députés bolchéviques de la France insoumise ont choisi, à l’instar de l’ancien trafiquant de drogue Louis Boyard d’adopter une tenue « décontractée ». En réponse aux remontrances du député LR Ciotti, demandant que les représentants de la nation portent une tenue décente, les Insoumis ont à leur tour exigé l’interdiction de la cravate.

Les ombres de Jaurès et de Blum planent sur ces débats. Et à nouveau, la cravate comme symbole de la rigidité de l’ancien monde est mise au banc des accusés. On ne compte en effet plus les articles qui chaque année annoncent la mort de la cravate, la libération des cols pour un monde professionnel plus épanoui en route vers des lendemains qui chantent.

Et c’est vrai, la cravate est pour ainsi dire quasiment morte. Il n’y a qu’à voir les patrons de la start-up nation, ou tout simplement faire les sorties de bureaux, la cravate est enterrée, définitivement contre-cool. Il n’y a plus qu’à la télévision, chez les commerciaux et dans quelques cabinets d’avocats qu’on voit encore des hommes cravatés.

Lire aussi : Traité de la vie élégante : rubans, rosettes et canapés

Pourquoi alors la gauche s’attache-t-elle à ce combat d’arrière-garde ? Pour paraphraser le poète, quand Ciotti a voulu montrer la dignité de la fonction, l’idiot a regardé la cravate. Car c’est bien de dignité d’abord et d’élégance ensuite qu’il s’agit. L’ouvrier sous Jaurès avait sa tenue du dimanche et s’enorgueillissait de pouvoir nouer une cravate autour de son cou pour les grandes occasions. Aujourd’hui, le prolo est bien éloigné de cette gauche de profs et de petits bourgeois, mais pour continuer à singer ce qu’on imagine le populo, il s’agit d’être le plus débraillé possible : un costume c’est trop cher, la cravate c’est ringard, les chaussures en cuir, et puis quoi encore… Si faire peuple c’est s’enlaidir et renoncer à toute forme de dignité et d’élégance, nous sommes fiers à L’Incorrect de ne pas avoir la même image de nos compatriotes. Cette affaire de la cravate à l’Assemblée nationale n’aura fait que nous conforter dans ce que nous savions déjà : la gauche ajoute le mépris de classe au refus d’être classe, nous laisserons nos lecteurs déterminer ce qui est le plus dommageable. 

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