Existe-t-il des caisses de kalachnikovs partout dans les caves des banlieues, toutes prêtes à nourrir les dealers, djihadistes et autres candidats à l’insurrection armée contre la France ? Il faut circonscrire le problème, géographiquement. Les zones où pullulent les armes lourdes, c’est-à-dire les armes de guerre, pistolets-mitrailleurs ou fusils d’assaut voire lance-roquettes, sont principalement la banlieue parisienne, l’agglomération marseillaise, et dans une moindre mesure grenobloise. La raison est simple : la possession d’armes dans les cités est liée au grand banditisme, dont le trafic de drogue est la composante principale aujourd’hui. Les trafiquants s’arment lourdement afin de défendre leur pré carré contre les rivaux ou contre la police, vue comme une bande rivale qui conteste leur pouvoir.
Lire aussi : [Édito] Sécession : les États dans l’État
Dans les mains de l’immigration maghrébine et subsaharienne
La très grande majorité du grand-banditisme français est dans les mains de l’immigration maghrébine et subsaharienne, majoritairement de culture musulmane. Un policier d’un groupe d’intervention de région parisienne, dont l’une des missions principales est d’interpeller avec son unité à leur domicile des individus potentiellement armés, confirme : « Le plus souvent, les mecs dangereux chez qui on fait un six du mat », [interpellation à six heures du matin, horaire légal avant lequel les forces de l’ordre ne peuvent pénétrer un domicile, Ndlr] impliqués dans le trafic de stup, sont de type nord-africain ou subsaharien. Il n’est pas rare qu’il y ait des signes religieux musulmans chez eux ». Beaucoup d’éléments confirment ce constat, comme la composition de la population carcérale, musulmane à 60 % selon un rapport parlementaire de Guillaume Larrivé rendu public en 2014.
Avec plus de deux milliards par an de chiffre d’affaires, la concurrence devient féroce et les moyens de défense augmentent en nombre et en puissance. Leur approvisionnement en armes passe en grande partie par les Balkans, où les guerres des années 1990 les ont fait couler à flots. Le fusil le plus emblématique est évidemment l’AK-47, même si cette arme soviétique est assez rare, le dérivé serbe, le Zastava M 70, étant bien plus répandu. En Seine-Saint-Denis, elles arrivent pour la plupart à Bagnolet, terminus de lignes de car internationales où les armes voyagent depuis les Balkans dans les soutes. Depuis quelques années, les filières d’approvisionnement ont cependant évolué, ce qui rend leur démantèlement plus complexe. Livraisons en pièces détachées par colis, remilitarisation clandestine d’armes neutralisées, les techniques sont nombreuses et particulièrement difficiles à tracer.
Les armes de guerre arrivent pour la plupart à Bagnolet, terminus de lignes de car internationales où les armes voyagent depuis les Balkans dans les soutes
La détention massive d’armes de guerre dans les cités pose deux questions majeures. La première concerne le maintien de l’ordre. La police peut-elle faire appliquer la loi dans des quartiers où les délinquants sont fortement armés ? « La plupart des policiers et gendarmes sont équipés de pistolet d’un calibre sensiblement plus faible que les fusils d’assaut des trafiquants » nous confie l’un d’eux. Il n’est pas rare que les policiers soient visés par des tirs à l’arme lourde quand ils tentent d’intervenir dans une banlieue sensible, le dernier cas médiatisé ayant eu lieu à Cavaillon, près d’Avignon, à l’été 2021, heureusement sans blessés. Au-delà des tirs essuyés effectivement par les forces de l’ordre, la menace que font peser ces armes les décourage souvent d’intervenir dans certaines zones, où l’on peut s’interroger légitimement sur l’exercice réel de la souveraineté de l’État. Le film Bac nord, largement inspiré de la situation réelle des quartiers septentrionaux de Marseille, montre bien la complexité et la dangerosité des opérations de police dans les quartiers les mieux contrôlés par les dealeurs.
Le français, l’une des langues de Daech
Le second problème posé par cette détention massive d’arme de guerre est existentiel. Si on ajoute la question de la sécession culturelle de ces quartiers à celle des armes, on peut légitimement s’interroger sur la possibilité d’une confrontation à plus ou moins grande échelle entre certains de leurs habitants et les forces de l’ordre. Une situation de type insurrectionnel n’est pas à exclure, surtout qu’elle a des précédents. Si des armes lourdes avaient été utilisées à grande échelle lors des émeutes de 2005, qui sait jusqu’où l’engrenage aurait pu mener ? La question des djihadistes présents en France est à cet égard particulièrement préoccupante. Cette menace est même une préoccupation majeure de la DGSI, de l’aveu même d’un article publié sur le site du ministère de l’Intérieur en septembre de cette année.
Lire aussi : [Enquête] France : le cartel et le territoire
S’il y a actuellement en France 400 détenus pour faits de terrorisme, et si 270 ont été libérés entre 2019 et 2021, combien sont ceux qui sont passés entre les mailles du filet ? Selon les chiffres officiels, entre 1 500 et 3 000 Français sont partis combattre pour Daech. Selon une de nos sources, partie combattre l’EI dans une milice kurde, ce chiffre est largement sous-estimé. « Le français était une des langues de l’État islamique. Il y avait des quartiers de Daech réservés aux francophones, un journal de Daech en français… » Selon lui, beaucoup de ces combattants ont pu revenir en France clandestinement, avec une très solide expérience militaire. Il y aurait, en suivant toujours ses estimations, au moins une petite dizaine de milliers d’individus islamisés en France prêts à en découdre par les armes.
Dans ses banlieues où cohabitent en masse des armes lourdes et des hommes déterminés à les utiliser contre la France, et très entraînés, les éléments du drame sont en place, n’attendant peut-être que l’étincelle.





