La rencontre entre le président kazakh, Kassym-Jomart Tokayev, et Emmanuel Macron prévue cette semaine pourrait prendre une tournure moins formelle que l’on pourrait a priori le penser, si la question la situation de l’homme d’affaires et opposant politique Muktar Ablyazov était mise sur la table, en plus des sujets énergétiques ou encore de la question russe.
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Fondateur en 2003, et ancien président de la banque BTA Bank Joint-Stock Company – nationalisée en 2009 par l’ancien président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbayev –, il est poursuivi pour avoir blanchi aux alentours de 6,5 milliards de dollars via des comptes offshore et des entreprises, du temps où il était à la tête de la banque. Aujourd’hui, il mène une campagne très active sur les réseaux sociaux contre Tokayev, réélu haut-la-main le 20 novembre dernier lors d’élections présidentielles anticipées, avec 81,3% des voix. Sa page Twitter et sa chaîne YouTube (620 000 abonnés) sont ses relais privilégiés pour mener cette campagne depuis la France, ce qui provoque l’ire des autorités kazakhs.
Opposant politique ou fraudeur ?
Mais revenons quelques années en arrière pour bien cerner le personnage. Dans le Kazakhstan post-soviétique, Ablyazov est en effet bien plus qu’un simple businessman. Proche de l’ancien président et fondateur de la République du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, il reçoit le poste de ministre de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie en 1998, au sein du gouvernement. Peu satisfait des pratiques de gouvernement de son président, Ablyazov démissionne dès 1999 et fonde un parti d’opposition, le Choix démocratique du Kazakhstan, dont le message majeur est sans surprise la démocratisation des institutions. Il est poursuivi peu de temps après pour détournement de fonds et évasion fiscale, à cause du fameux trou de 6,5 milliards de dollars constatés lors de la nationalisation de la banque. Ablyazov plaide son innocence et dénonce un procès politique. Craignant son arrestation et un procès injuste, il fuit pour la Grande-Bretagne en 2009.
Un refuge britannique précaire
Pensant trouver refuge à Londres, Ablyazov est recherché sans relâche par le gouvernement kazakh et la banque BTA, décidés à le poursuivre en justice partout où ce serait possible, pour obtenir son extradition vers le Kazakhstan. Dès 2009, BTA porte plainte contre lui à la High Court (Haute Cour) de Londres. Le verdict du procès, donné en février 2012, le condamne à verser 4,6 milliards de dollars de dommages et intérêts à la BTA et ordonne le gel de tous ses avoirs. En plus de cette condamnation, la High Court le condamne à vingt-deux mois de prison pour outrage à magistrat, pour avoir dissimulé une partie de ses biens dans le cadre du procès. Manque de chance pour la justice britannique, il a fui juste à temps pour la France. Immédiatement, la Grande-Bretagne déclenche un mandat d’arrêt international contre Ablyazov, qu’elle a d’ailleurs renouvelé en 2019 pour deux ans.
Depuis lors, Ablyazov réside toujours en France, mais sa présence future est de moins en moins certaine, depuis qu’en décembre 2021 le Conseil d’État l’a privé de son statut de réfugié
France, terre d’asile
Après un an de recherches, Ablyazov est enfin repéré dans la région de Cannes, grâce au travail persévérant de cabinets d’investigation privés. Arrêté en 2013 par la police française, il faut attendre décembre 2015 pour que Manuel Valls, alors Premier ministre, signe enfin l’ordre d’extradition vers la Russie, qui réclamait également l’homme d’affaires – de même que l’Ukraine. Mais manque de chance, son décret est cassé par le Conseil d’État, un évènement rarissime, survenu pour la dernière fois en 1977. La plus haute juridiction administrative a estimé en effet que les conditions de détention et de traitement en Russie n’étaient pas garanties. Depuis lors, Ablyazov réside toujours en France, mais sa présence future est de moins en moins certaine, depuis qu’en décembre 2021 le Conseil d’État l’a privé de son statut de réfugié. Surtout que la Grande-Bretagne et depuis peu les États-Unis, le réclament toujours.
Un enjeu crucial pour les relations franco-kazakhes
Que décidera donc Emmanuel Macron si Tokayev lui demande de livrer l’ancien banquier et opposant politique ? L’on peut supposer que le président de la République exigera un traitement politique et judiciaire digne – conforme à la Convention européenne des droits de l’homme – pour envisager une éventuelle extradition de l’homme d’affaires. Pour l’heure, rien n’est certain, mais il faudra que la situation légale d’Ablyazov se clarifie pour que les liens diplomatiques entre la France et le Kazakhstan restent bonnes dans les années à venir.
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La situation actuelle est prometteuse. D’une part, parce que Tokayev a fait le choix d’adopter une attitude critique à l’égard de la politique étrangère de Vladimir Poutine. D’autre part, depuis son arrivée au pouvoir en 2019, il initie une démocratisation du régime, qui lui donne une image plus positive et distante avec la Russie. Du point de vue des relations commerciales, il convient de rappeler par ailleurs que l’Union européenne et en particulier la France représentent 30% de son commerce extérieur. Le Kazakhstan est par exemple le deuxième fournisseur de la France en uranium et en pétrole brut. Des intérêts communs forts existent entre les deux pays et il ne faudrait pas que le cas d’Ablyazov vienne les compromettre.





