L’Église et le sacerdoce, chacun ne le sait que trop, sont en crise grave. Ce n’est pas le lieu d’en rappeler les manifestations, intellectuelles et morales, ces dernières masquant malheureusement les premières, dans lesquelles elles s’abreuvent pourtant largement.
Un double constat s’impose cependant. Le premier est que cette crise, et celle du sacerdoce en particulier, qui la commande toute entière, n’est assurément pas étrangère aux choix d’un clergé qui, voulant prétendument s’ouvrir au monde, s’est souvent laissé happer par lui pendant près de 60 ans pour embrasser parfois avec délices son esprit, son libéralisme, son relativisme, son naturalisme, et finalement, à un certain point, jusqu’à son impiété et ses mœurs dégradées.
Le second est que devant l’état des lieux si humiliant que contraint d’établir la coruscante défaillance morale de tant de clercs – en attendant, espérons-le, un état des lieux doctrinal analogue – nombre de catholiques, ou qui en conservent le nom, ont un sens de la foi tellement émoussé qu’ils sont devenus incapables de penser des remèdes à cette situation dramatique hors de l’esprit qui l’a créé.
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Ainsi, pour ne prendre que ces exemples, s’il n’y a plus de prêtres, c’est, à les en croire, que le temps en est révolu, de sorte qu’il faut trouver chez les laïques des suppléances, y compris liturgiques, à cette situation. Si tant de prêtres ont commis des horreurs sexuelles – en oubliant, d’ailleurs, le nombre considérablement plus important de ceux qui n’ont jamais failli en ce domaine – c’est qu’il faut les marier pour donner légitimement cours aux besoins de leur chair. Naturalisme, sottise spirituelle et obsessions contemporaines d’un Occident en déclin se conjuguent pour instiller le venin dans des plaies déjà trop béantes.
Ces aveugles ne saisissent plus que si la trahison des hommes peut leur rendre inaudible l’appel de Dieu, la vocation est un don sans repentance qui ne peut manquer à la terre. Ils saisissent moins encore, les yeux de l’âme encrottés, que l’Église, Épouse du Christ, est sainte et que, quelles que soient les épreuves qui la flagellent, elle ne se redresse jamais que par en-haut, par les éternels remèdes fécondés par la Passion du Christ que sont la conversion, la sanctification, la prière, la recherche de la volonté de Dieu, la pénitence.
Il y a 88 ans, en 1924, le P. Juan González Arintero (1860-1828), dominicain [dont nous proposons une introduction à la vie et aux œuvres sur le site arinteriana.fr], si profondément ancré dans l’Amour miséricordieux de Jésus, dessinait les traits essentiels d’une formation de prêtres dignes de ce nom, dans un texte intitulé « Idéal qui doit être proposé dans la formation des Séminaristes », et paru dans la revue La Vida Sobrenatural (pp. 308-330), qu’il avait fondée quatre ans plus tôt.
Le P. Arintero ne se proposait pas d’y déterminer le contenu des études des postulants au sacerdoce mais de les orienter vers ce qui constitue l’essentiel de leur vocation : la recherche des voies qui conduisent « au sommet de la véritable sainteté » afin de devenirs d’authentiques guides des fidèles sur les mêmes voies de la perfection. Il faut savoir gré au P. Vito T. Gómez García, O. P. d’avoir exhumé en 2020 ce texte dans cette même revue pour l’offrir aux éducateurs et aux séminaristes de notre temps.
Si les illustrations ainsi proposées du prêtre « sage » avaient été prises au sérieux et attentivement enseignées, jamais les prêtres « fous » n’auraient tant prospéré pour faire passer leurs trahisons et leurs compromissions avec le monde pour une nouvelle manière, moderne, « branchée », éclairée, « adulte », d’être chrétien
Les traits ainsi dessinés par le P. Arintero sont aux antipodes de ceux de tant de prêtres « modernes », qui ont confondu ou confondent encore humanisme sentimental et charité, sainteté, utilité et agitation, management ecclésial et service de Dieu et des hommes, ou qui se montrent ordinairement si ennemis du silence, jusque dans la liturgie sacrée.
Le P. Arintero illustre ainsi, en particulier, la différence abyssale qui sépare le regard porté sur le prêtre selon l’esprit du monde du regard porté sur lui selon la sagesse. Tandis que tant de prêtres se sont évertués à convaincre les fidèles, jusqu’à s’en convaincre eux-mêmes, qu’ils n’étaient rien de plus qu’eux, pour leur offrir en définitive une vision écrasée et médiocre et du laïque et du prêtre, le P. Arintero, pour éclairer les séminaristes sur ce qu’ils sont appelés à devenir, part au contraire d’une vision très élevée et très exigeante de la vocation surnaturelle de tout chrétien, baptisé et confirmé, afin de leur montrer l’excellence très spéciale de la leur.
Si les illustrations ainsi proposées du prêtre « sage » avaient été prises au sérieux et attentivement enseignées, jamais les prêtres « fous » n’auraient tant prospéré pour faire passer leurs trahisons et leurs compromissions avec le monde pour une nouvelle manière, moderne, « branchée », éclairée, « adulte », d’être chrétien, en rupture avec un passé désormais réputé obsolète. Si les sages conseils ainsi prodigués avaient été fidèlement enseignés, jamais l’Église n’aurait connu de tels désordres intellectuels et moraux, tant il est certain que la Sagesse est appelée à féconder les intelligences, les volontés et les mœurs du plus humble des chrétiens au plus brillant des théologiens, auxquels elle apporte également sens de Dieu et fécondité surnaturelle.
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Voici les neuf directives que proposait en définitive le P. Arintero :
« 1 – Selon la doctrine du Vénérable Père Lapuente, entièrement conforme à celle du Docteur Angélique, dès lors qu’il ne suffit pas à la bonne formation d’un chrétien en général de pratiquer même avec soin les vertus, c’est-à-dire la vie ascétique, mais qu’il lui faut aussi prendre soin de cultiver les dons du Saint-Esprit, – pour disposer ainsi son âme à la vie mystique, à laquelle nous devons, à tout le moins, aspirer pour être parfaits – il est encore plus nécessaire de cultiver cette aspiration pour la bonne formation des séminaristes.
« 2 – Il importe donc, beaucoup, selon la formule bien connue de sainte Thérèse d’Avila (Vie, cap. 18), de les “prendre au charme d’un bien si élevé”, par tous les moyens possibles, et spécialement par des lectures, des instructions et des discussions sur de si belles et si palpitantes matières. À cette fin, il est nécessaire :
« 3 – de leur inculquer une fervente piété, vive, solide et bien sentie, qui ne se réduise pas à des formules et à des exercices routiniers, mais qui soit bien affermie et réanimée par la pensée fréquente de l’ineffable mystère de notre filiation divine adoptive, et de la nécessité, qui en résulte, de nous configurer en toutes choses à Jésus-Christ pour vivre en dignes enfants de Dieu.
« 4 – Il est nécessaire aussi de leur recommander très principalement de veiller à avoir une grande pureté de cœur et de conscience, une grande fidélité à la grâce et une grande docilité aux inspirations du Saint-Esprit et, de ce fait même, un grand amour de l’oraison et du recueillement, de s’entretenir souvent et familièrement avec Dieu, et d’avoir le plus grand soin de marcher toujours en la présence divine et de la renouveler par de fréquentes et ferventes aspirations mystiques intérieures.
Les « recettes » des hommes qui contournent la Sagesse ne sont que des illusions insufflées par le Prince de ce monde
« 5 – Il faut insister auprès d’eux, dans les instructions et les points de méditation, sur la hauteur de la vie chrétienne et l’excellence de la vocation sacerdotale, et la cohérence qu’elles exigent.
« 6 – Il faut leur faire sentir vivement, par d’ardentes exhortations et des exemples palpitants tirés de la vie de serviteurs de Dieu, à quel point ils sont des temples vivants de l’Esprit-Saint, de précieuses literies du divin Salomon, ou des trônes portatifs du Christ, pour le porter toujours avec eux et le communiquer à tous ceux avec qui ils s’entretiennent (Cantique des cantique, 3).
« 7 – Il faut faire en sorte que toutes leurs lectures, leurs études, leurs cours et leurs conversations respirent une ambiance surnaturelle, afin qu’ainsi ils aspirent vraiment à être “saints en tout à l’imitation de Celui qui les appelés” (1 Pierre, 1,16).
« 8 – En outre, il faut dissiper toutes les préventions et les tromperies, si nombreuses, qui courent au sujet de la vie intérieure mystique, et éviter en ce domaine les frivolités qui offusquent ou qui fascinent et qui empêchent de reconnaître le vrai bien, là où il se trouve (Sag., 4,112).
« 9 – En définitive, et pour résumer, il faut faire en sorte que les séminaristes vivent selon l’esprit de leur vocation et qu’ils en soient toujours heureux, afin qu’ainsi fleurissent en eux de belles vertus exhalant la bonne odeur du Christ, que leurs âmes s’enrichissent des douze précieux fruits de l’Esprit-Saint et que leurs cœurs soient des sources fécondant des jardins et des puits d’eau vive (Cantique des cantiques, 4,15), pour le bien de tant d’âmes assoiffées de justice. »
De toujours, la Sagesse ainsi exprimée est d’aujourd’hui. Elle est le seul et unique remède à nos maux. Les « recettes » des hommes qui la contournent ne sont que des illusions insufflées par le Prince de ce monde. Bienheureux ceux qui l’écoutent et se mettent à son école, spécialement les prêtres de demain, auxquels ces belles lignes demeurent dédiées.





