La figure du héros, dans tous ses aspects, s’oppose frontalement à l’idéal marxiste. D’abord parce que c’est un « un» : il est unique, à tous points de vue. Ses exploits sortent de l’ordinaire et révèlent la personnalité remarquable de leur auteur, y compris vis- à-vis des autres héros avec lesquels il ne peut être confondu. Bayard n’est pas Du Guesclin, qui n’est pas Jeanne d’Arc.
Ensuite, c’est un héros. En grec, le mot traduit l’idée de « protecteur », parfois demi-dieu, ou « semblable aux dieux » comme dit Homère. Il n’est pas seulement différent, il est supérieur. Si l’homme de bien accomplit des actes bons, le héros, lui, réussit l’impossible : la Pucelle donne une couronne au Dauphin ; Magellan franchit en caravelle la frontière du monde. Sa trace scintille dans le chant des poètes, le rêve des enfants et le soupir des affligés. Au-dessus de la mêlée, sa lumière brille car « les ténèbres » de l’anonymat « ne l’ont point reçue ».
Le marxisme nie à l’individu toute distinction. Les hommes ne peuvent être différents les uns des autres : ils n’ont pas d’âme et se résument à la matière dont ils sont formés
Or, le marxisme nie à l’individu toute distinction. Les hommes ne peuvent être différents les uns des autres : ils n’ont pas d’âme et se résument à la matière dont ils sont formés. Ils ne peuvent même, dit Marx, se « distinguer des animaux » que « dès qu’ils commencent à produire leurs moyens d’existence ». Pour le reste, ils sont interchangeables.
Pour les mêmes raisons, un homme ne saurait être supérieur. L’histoire des hommes se résume à « l’histoire de luttes de classes », les choix individuels n’ont aucune influence sur la marche du monde. Nul exploit ne saurait surpasser l’inexorable « sens de l’histoire ».
Certes, il existe des héros dans ce cinéma d’inspiration communiste : membres de la classe opprimée, terroristes révolutionnaires, artistes ou intellectuels révolutionnaires, criminels qu’on présentera comme révolutionnaires. Mais ce ne sont que des visages de la théorie, des outils aux mains de l’Histoire, l’ « avant-garde » du « prolétariat conscientisé ».
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Ainsi, Les Jeux sont faits de Sartre met en scène une femme assassinée par son mari et un chef révolutionnaire liquidé par les sbires d’un dictateur – subtil parallèle. Quand le monde ouvrier ou estudiantin ne fera plus recette, on célèbrera la lutte communautaire avec La Haine de Mathieu Kassovitz.
La filiation se poursuit : le film Titane et sa robot tueuse-en-série transgenre – Palme d’or, rappelons-le – n’est que le dernier rejeton de cette inlassable matrice d’anti-héros.
Le marxisme culturel, façon Cahiers du Cinéma, n’a pas gagné commercialement mais domine le monde de la culture, distribue les éloges, l’argent et les prix. Le prétentieux snobisme dont il se pare, avec l’appui des pouvoirs publics, intimide les auteurs et limite toute émergence de véritables héros patriotiques. L’hostilité qu’un spectacle comme le Puy-du-fou provoque dans ces milieux offre un bon exemple des embûches auquel un réalisateur pourrait faire face s’il voulait présenter notre Histoire sous un jour favorable.
Il est révélateur qu’un Luc Besson, pas idéologue pour un sou, ait cru devoir faire de sa Jeanne d’Arc une hystérique un peu fêlée plutôt qu’une vraie sainte. Il aurait été imprudent d’ajouter la religion, cet « opium », à l’héroïne du peuple.





