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Vaincre ou mourir : les critiques acerbes de la presse de gauche sont-elles justifiées ?

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Publié le

2 février 2023

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Libération en tête, la presse de gauche tire à boulets rouges sur « Vaincre ou mourir ». Or, leurs articles sont si pleins d’erreurs, voire de fautes, qu’on peut se demander si leurs auteurs ne versent pas dans l’hypocrisie.
Charette

Sorti en salle mercredi 25 janvier, le film Vaincre ou mourir a déchaîné une armada de plumes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’agit pas de critiques constructives donnant une idée réelle du film, mais bien des attaques portant sur la sensibilité politique des producteurs et le choix de l’histoire contée.

Ces attaques, un journal les concentre toutes. Ce quotidien qui, coiffé de la tiare morale, définit le bien et le mal à ses fidèles en mal de paroles rédemptrices, c’est Libération.

Quand Libé applique la loi des suspects

Le (long) article de Libération commence par un éditorial qui dénonce le fait – horreur ! – que le film soit réalisé par des gens de droite. L’auteur y révèle au monde les indices laissant à penser qu’il s’agit d’une « offensive conservatrice », évidemment très critiquable. Étrange pour des gramscistes de s’offusquer de l’existence du combat culturel… On remercie donc l’excellent rédacteur de cet édito, qui a su décrypter avec sagacité, qu’effectivement, l’industrie cinématographique est un vecteur d’idées et que la droite comme la gauche peuvent s’en servir comme moyen d’expression.

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On le remercie beaucoup moins pour les raccourcis, par exemple lorsqu’il écrit qu’il est dangereux de croire que la Révolution a été violente avec les Vendéens et que cela mènerait à des tentatives de coups d’État, comme les supporters de Trump au Capitole. Il en veut pour preuve le fait que le distributeur de Vaincre ou mourir assume s’inspirer des méthodes américaines pour afficher ses valeurs chrétiennes et conservatrices. Dans la tête de monsieur Quinio, promouvoir des valeurs conservatrices en utilisant les médias à disposition (car c’est cela, la fameuse méthode américaine) entraîne mécaniquement un putsch. Heureusement que l’on ne fait pas les mêmes raccourcis, car certains pourraient affirmer que Libé, en s’inspirant des méthodes classiques de la gauche, qu’elle soit maoïste, léniniste, trotskiste, castriste ou chaviste, nous entraînerait mécaniquement vers la guerre civile, les massacres, la police politique et les goulags.

Cachez cette histoire que l’on ne saurait voir

La deuxième attaque, massivement reprise sur les réseaux sociaux par des proches de LFI, tente d’expliquer que le film tord l’histoire de France pour la faire coller à une idéologie réactionnaire. Passons sur le fait que l’article met entre guillemets la fonction d’historien de Reynald Seycher, pourtant docteur adoubé par la Sorbonne, et attardons-nous sur les grandes critiques qui rendraient ce film faux historiquement parlant.

Il s’offusque d’abord du fait qu’en 1793, la Première République est présentée comme faisant « n’importe quoi », sans préciser ce qu’il entend par là. Libération penserait–t-il, à rebours des historiens et des faits, que dans la France de 1793, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Depuis 1792, le jeune régime est en guerre contre plusieurs États européens, tandis que le pain manque dans tout le pays, ce qui ne participe pas franchement à un apaisement des tensions sociales qui le déchirent. En 1793 commence la Terreur, qui, comme son nom l’indique, n’est pas une période particulièrement calme de la Révolution. C’est l’année de la promulgation de la « loi des suspects » qui permet d’arrêter arbitrairement tous ceux qui pourraient être susceptibles d’être des ennemis de la Révolution : les nobles, les émigrés, les fonctionnaires destitués, les officiers, les prêtres, ou même les boutiquiers et les commerçants. Pour ensuite juger tout ce petit monde dans des tribunaux où défendre l’accusé est un motif pour être soi-même jugé. Tout ceci entraîne, selon les historiens Jean Tulard ou Albert Mathiez, des centaines de milliers d’emprisonnements.

Génocide ou (« simplement ») massacre de masse ? Dans les deux cas, les morts, femmes, enfants et bambins, s’empilaient dans des fosses ou dans la Loire

La Première République évoluait dans un tourbillon social, économique et politique, créant ce fameux « n’importe quoi », unanimement reconnu comme violent, que Libé met en doute. Aucun historien n’a jamais soutenu que le pays tout entier était raccord avec la Révolution, ni qu’elle se soit faite dans le calme avec des fleurs.

Libé continue, écrivant que les paysans prennent les armes en clamant qu’ils le font pour « défendre ce qu’ils ont de plus cher, leur fils, leur roi, leur foi », et commente ironiquement : « Pour les filles, on repassera. » En clair, le journal accuse d’ignorance crasse le Puy du Fou, mais ne semble pas au courant que le film fait ici référence au déclencheur du soulèvement en Vendée : la conscription de 300 000 hommes de 18 à 25 ans.

Libération s’étonne que les paysans vendéens demandent qu’on leur rende leurs « bons prêtres », et en profite au passage pour envoyer une pique sortie de nulle part : « Et ils sont où d’ailleurs ? Emprisonnés pour pédophilie ? » Concernant cette attaque d’une bassesse déplorable, on rappellera que Libé n’a pas de leçon à donner concernant le viol sur mineur qu’elle a promu allègrement et publiquement pendant des années. Et bien qu’il faille être particulièrement sévère avec tout coupable de pédophilie, il est peut-être imprudent de généraliser les pratique de certains à tout un groupe – surtout quand l’on promeut le « pas d’amalgame » vis-à-vis d’autres personnes.

Ensuite, pour le rappeler à Libération, le culte chrétien fut interdit, et mine de rien, une proportion non-négligeable de Français y était attachée. Et oui les prêtres étaient bien pourchassés par la République. En 1792, une ordonnance a été votée les obligeant à quitter le pays, beaucoup d’entre eux, dont même l’un des rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, furent abattus. Donc effectivement, pour les Vendéens, pas mal de « bons prêtres » ont été pris en otage par « cette méchante République », comme ils l’écrivent si bien.

Lire aussi : Hugo Becker : « C’est un honneur et une responsabilité de jouer un tel personnage »

Le quotidien attaque ensuite le fait que « les paysans viennent le chercher (Charette) […] car il est entendu que les ‘oubliés de l’histoire’ ne peuvent jamais se débrouiller seuls et qu’ils ont besoin d’un chef ». Sauf que la chose est littéralement vraie. Qu’aurait-il fallu faire ? Écrire que Charette s’est joint à l’insurrection sans qu’on le lui demande, au mépris de toute véracité historique ?

Enfin, il est dit qu’on nous « épargne les détails : bataille, empilement de cadavres (censés accréditer la thèse historiquement fausse du génocide vendéen) ». Libé témoigne ici de son absence de compréhension du débat historiographique sur la question. Les faits sont là : 20/25% de la population vendéenne fut massacrée. Là où il y a débat, c’est uniquement sur la qualification de ces exactions. Génocide ou (« simplement ») massacre de masse ? Dans les deux cas, les morts, femmes, enfants et bambins, s’empilaient dans des fosses ou dans la Loire.

Nulle part Vaincre ou mourir ne ment effrontément à son public. Sans être un documentaire, le film remplit son rôle de roman historique audiovisuel. Alors, juste critique ou hypocrisie d’une gauche effrontée car 100% du cinéma ne lui appartient plus ? À vous d’en juger.

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