Psychotic Monks, ce sont deux amis, Arthur Dussaux et Martin Bejuy, bientôt rejoints par Clément Caillierez, puis par le petit frère d’Arthur, Paul, qui décident d’envisager le rock sous l’angle de l’improvisation collective, de l’expérience pure, du délire sonore. À la suite de Sonic Youth, ils incarnent une fièvre, une incantation, ou une indolente dérive sur un fond furieusement bruitiste, jusqu’à frôler la musique industrielle, et cette audace fait plaisir à entendre.
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Actifs depuis 2015, ils connaissent rapidement une certaine notoriété, notamment en raison de prestations scéniques mettant en valeur la dimension rituelle et spasmodique de leur musique. En 2017 sort leur premier album : Silence slowly and madly shines, suivi, en 2019, de Private meaning first, leur permettant d’assumer un style radical et sombre sans le moindre compromis avec les logiques commerciales communes, un style qu’ils sont pourtant en mesure de promouvoir par des concerts dans toute l’Europe et au sein de plusieurs grands festivals.
Rock mutant
La référence du groupe au peintre anglais Francis Bacon s’entend assez clairement dans leur dernier album, où ils ne font décidément qu’explorer plus profondément leur voie sans retour possible, au sein d’un album plus étrange, inquiétant et somptueusement malade que jamais. La chirurgie qu’ils pratiquent tient à une fascinante distorsion de l’atmosphère et elle s’impose après une table rase des conventions habituelles du genre : pas de meneur sur scène, pas de structure couplet/refrain, des évolutions de morceaux qui surprennent toujours, et la texture sonore apparaissant comme un véritable enjeu de création.
Il produit un bel exutoire qui arrache, déchaîne et envoûte les liens invisibles, magnétiques, qui enserrent l’individu contemporain
Après les excellents avant-goûts qu’ont constitués « Post-Post » et « Crash », l’album entier se livre dans sa cohérence globale, jusqu’à la belle étrangeté de « Location memory » : un long et délicieux dérapage hors des sentiers battus et à rebours de toute pop sucrée. S’il manque encore au groupe de donner quelques moments de pure beauté au milieu du chaos, l’auditeur se voit continuellement emporté par ses rythmiques lourdes, ses nappes saturées, grumeleuses, un intense grésillement, des murmures ou des psalmodies d’outre-monde.
Monde spectral
The Psychotic Monks offrent un rock échappé du film Eraser Head de Lynch : leur monde est en noir et blanc, paranoïaque, tous murs suintant sous l’erratique lumière des néons. Il produit un bel exutoire qui arrache, déchaîne et envoûte les liens invisibles, magnétiques, qui enserrent l’individu contemporain ; un genre de torture des machines et de sublimation de l’angoisse qui réhumanisent cette atmosphère qui pourrait nous être un cloaque. Ils démontrent encore la belle effervescence de la scène parisienne et française à l’œuvre au sein du grand renouveau post-punk, shoegaze, rock psyché, qui prouve au début des années 2020 que même très sombre, même très fantomatique, même franchement déglingué, le rock est encore vivant.





