Aurélien Bellanger : le bot Wikipédia
Souvenez-nous : à une lointaine époque, un romancier exigent passait des mois, voire des années à effectuer des recherches lorsqu’il s’attaquait à un sujet donné. Aujourd’hui, vous pouvez tout à fait vous passer de ce genre d’effort : Wikipédia vous permet de contourner à peu près toutes les recherches ennuyeuses. Houellebecq a été probablement le premier à recopier des pages entières de l’encyclopédie en ligne et à en tirer une gloriole – très « ready-made ». Après tout, la voix blanche qui l’a fait connaître n’était pas si éloignée du non-style des liens hypertextes. Aurélien Bellanger, en admirateur appliqué, fera de son œuvre tout entière une gigantesque synthèse de cette esthétique Wikipédia : on colle à une vague intrigue molletonnée quelques savantes spéculations sur des sujets précis (l’urbanisme, la télévision, la naissance de l’informatique française, la construction européenne, la philosophie de Walter Benjamin) et on régurgite le tout en prenant des airs d’écrivain pénétré. Malgré tous ses efforts pour paraître plus intelligent que vous, notamment dans le dernier et chiantissime XXe siècle, la littérature selon Bellanger ne sera jamais rien d’autre qu’une vaine succession de notes de synthèse.

Gallimard, 432 p., 23 €
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Cécile Coulon : Sylvie Germain revue par France loisirs
Ah, Cécile Coulon ! Petite blonde peroxydée, diaphane, qui refuse le faste de la Capitale et se dit attachée à sa terre natale, tout en étant passionnée de running. On la croit sans problème. Elle a pourtant tout compris au système germanopratin, Coulon. Découverte précocement en 2007, elle officie dans ce qu’il faut bien appeler le « néo-roman rural pour ménagères », un peu comme si Sylvie Germain s’était mise à faire du France Loisirs. Car ne vous y trompez pas : les ayatollahs de la littérature autorisée ont beau faire des gorges chaudes du style Coulon, il est aussi intéressant qu’un couplet de Francis Cabrel qui aurait mal digéré les injonctions de l’époque #metoo. Chez Cécile Coulon, la ruralité et la sauvagerie des hommes se limitent à quelques tropes savamment ressassés et à des descriptions qui se voudraient « fatales » mais qui fleurent l’atelier d’écriture sous perfusion de tisane au chèvrefeuille. Par politesse, on passera sous silence la poésie de la demoiselle, portée aux nues par un troupeau de gastéropodes, et qui se limite à quelques incantations adolescentes tout à fait jobardes. Allez, un petit vers pour la route, tout de même : « Il y a des jours comme ça / où je me demande si / la partie est terminée / ou si, au contraire / elle vient juste de commencer ». Voilà.

Le Livre de Poche, 288 p., 7,70 €
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Constance Debré : la punk à chien de l’avenue Montaigne
On a gardé le meilleur pour la fin : Constance Debré, celle qui fait passer Christine Angot pour une styliste. On s’interroge encore : pourquoi et comment cette sinistre bonne femme, aussi sympa qu’une couchette d’ambulance, a-t-elle pu se hisser ainsi dans le cœur des critiques ? C’est sans doute que ces derniers sont grassement payés pour valoriser tout ce qui est méchant, paresseux et laid. Trois choses que les « romans » de Constance Debré alignent presque parfaitement : une laideur catégorique comme seule tenue stylistique, une méchanceté hautaine, digne de la plus connasse des lycéennes d’établissement privé et une paresse sans éclipse, puisqu’à aucun moment l’ex-avocate n’a l’air de vouloir ne serait-ce que relire une seule fois ces spasmes masturbatoires et pseudo- nihilistes qu’elle réussit cycliquement à refourguer à Flammarion. Dans le dernier en date, Offenses, elle tente de se renouveler et évoque vaguement le milieu de la justice. Pour finir par en retirer les mêmes redoutables conclusions : « Les choses les êtres tout est laid il faut que vous le sachiez ». Merci, mais non merci

Flammarion, 128 p, 17,50 €





