« Avant les gens ne savaient pas qui étaient leurs députés. Ici, ils savent qu’ils ont un député du RN. Au fond, nous sommes bien plus populaires que les autres ». Il nous reçoit dans son bureau de l’Assemblée nationale. Antoine Villedieu a le regard clair, un léger sourire et le physique de l’ancien sportif professionnel. Rien dans la vie de l’enfant de Vesoul n’aurait pu laisser penser qu’en 2022 il ferait son entrée au Parlement dans les rangs du Rassemblement national. Natif de Lure en Haute-Saône, l’homme de 33 ans était déjà une célébrité régionale.
Si nul n’est prophète en son pays, Antoine Villedieu y a acquis une célébrité qui n’a rien à voir avec la politique
Ce petit-fils de maire socialiste et fils de pompier de Paris a été élu brillamment dans ce département de Haute-Saône qui est entré dans la catégorie peu enviable des territoires de France périphérique. « C’est ici que je suis né et ici que je suis chez moi », sourit le député dans son bureau de l’Assemblée nationale lorsqu’il évoque sa circonscription. Si nul n’est prophète en son pays, Antoine Villedieu y a acquis une célébrité qui n’a rien à voir avec la politique. Double champion du monde de MMA, ancien pratiquant professionnel de boxe anglaise, il a cependant fait le choix de ne jamais gagner sa vie avec ça. « Je reversais tous mes gains sportifs à des associations », murmure-t-il, modeste. Sa vie, il l’a gagnée comme pompier puis policier après un bref passage en Corse. « J’y ai vu la réalité du terrain. Sans fioriture ni élément de langage » explique-t-il tout en balayant le lien facile Police-RN. Non, il ne « s’est pas radicalisé au contact de la délinquance ». Non, il n’est pas passé « du MMA au fascisme » pour reprendre le délicieux verbatim du blog antifa « L’Insoumission ».
Dans les faits, Antoine Villedieu tient plus de l’assistante sociale que du CRS, davantage de Mère Teresa que Robocop. Ce qui a rendu son passage au RN incompréhensible pour la presse locale qui a varié de la canonisation à la diabolisation en une poignée de semaines. Une « cabale » qu’il confesse avoir mal vécue. « Il est comme ça, Antoine Villedieu. Quand le club de karaté de Vesoul lui a demandé de venir animer un atelier de MMA, il a pensé reverser sa rétribution à l’association dont il est le parrain depuis des années ». Le journaliste de L’Est républicain qui couvrait l’événement en janvier 2020 était enthousiaste. Mais depuis son engagement au RN, les relations se sont tendues. Un peu comme si les officiels voyaient en Villedieu une sorte de shérif de Nothingham après l’avoir pris pour Robin des Bois.
Pour autant, Villedieu cultive une image de proximité. L’avantage d’être élu chez soi étant que les barrières n’ont pas à être abattues puisqu’elles n’existent pas et la glace plus facile à briser que le plafond de verre qui sévit encore un peu chez les élites locales. Ainsi, un cadre de la macronie avait fait un lien entre une agression raciste commise sur le territoire de la circonscription et l’élection du député Villedieu. Une bassesse dont l’élu comtois se souvient bien. « C’est avec ce genre de parallèle qu’on dresse les gens les uns contre les autres. Les procès d’antifascistes aux méthodes fascistes je commence à en avoir assez », gronde-t-il. Heureusement, les habitants de sa circonscription le lui rendent bien. « Antoine » est de toutes les commémorations et toutes les cérémonies, certains diraient qu’il est entré dans son mandat comme on entre en religion. Peu de place pour la vie privée et beaucoup pour son territoire. Et pourtant il n’a rien d’un moine. « Antoine, c’est un monument de sensibilité et de bon-vivant », sourit un collègue de son groupe.
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Empathique à l’extrême, le député Villedieu a souvent au téléphone les responsables locaux pour régler tel conflit entre un instituteur et des parents d’élèves, telle femme isolée cherchant une régularisation ou tel acteur économique en difficulté. « Mon élection ne m’a jamais fait changer de comportement. Je suis vraiment resté le même. J’ai simplement eu un changement de vie et une exposition accrue », confie celui qui a toujours préféré prendre des mauvais coups sur le ring que des calomnies ou de basses attaques.
En fait, Villedieu fait partie de ce RN nouvelle génération. L’extrême droite des années 80 n’est pas son ADN. De quoi se conformer au RN à l’ère Marine Le Pen, un parti que les optimistes qualifieraient d’improbable synthèse entre de Gaulle et Jaurès et les pessimistes une pâle copie entre Poujade et Marchais. Mais dans tous les cas, le brun s’efface pour que le rouge trépasse.





