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Sarto subito !

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Publié le

2 mars 2023

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Pour accessoire qu’elle soit, la sape reste déterminante pour comprendre les interactions sociales. Dis-moi comment tu t’habilles, je te dirais ce que tu veux me dire. Tous les mois, nous décryptons pour vous l’envers des vestes et le dessous des semelles. Sujet du mois : la sapologie du pape Benoît XVI.
pape

Le pape émérite est parti comme il était arrivé, avec une humilité non feinte, un brio intellectuel qui vergogne, les pieds de leur souverain transparaît dans son testament pontife spirituel, et une douceur rayonnante, pleine de simplicité. « Humble travailleur dans la vigne du Seigneur », il a formé une génération à son image et, entre mille autres choses, redonné leur place aux tradis – et donc son unité à l’Église. 

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Les apparitions publiques de Benoît XVI nous enseignent quelque chose de très important sur la sape : cet homme exceptionnellement bon et charitable, que tous ses interlocuteurs décrivent comme particulièrement accessible, n’a pourtant jamais mis un pied hors du Vatican sans être sapé comme jamais – comme un pimp, étais-je sur le point d’écrire, mais la comparaison n’est pas très heureuse. Le pape a porté le camauro, un bonnet rouge que les américanolâtres compareront à celui du Père Noël, mais aussi le saturno, un large chapeau rouge brodé d’or. Il a choisi pour anneau pontifical une énorme chevalière dorée, tout à fait médiévale. Il a remis à l’honneur le port de la mozette brodée d’hermine, en rouge (version hiver) ou en blanc (version pascale) – et, évidemment, on l’a vu porter les célèbres mules papales, ces chaussons de cuir rouge qui étaient d’un usage courant jusqu’aux années 60, et comportaient même une large croix, jusqu’à Paul VI, car les fidèles embrassaient alors, sans fausse vergogne, les pieds de leur souverain pontife.

Seul pape à avoir fait son entrée, en 2007, dans le classement Esquire des hommes les mieux habillés du monde, Benoît XVI a été qualifié par certains journalistes de « pape de l’esthétique

Seul pape à avoir fait son entrée, en 2007, dans le classement Esquire des hommes les mieux habillés du monde, Benoît XVI a été qualifié par certains journalistes de « pape de l’esthétique ». Alors, que nous apprend-il, avec cette exubérance vestimentaire qui contrastait si singulièrement avec sa grande affabilité et sa profonde modestie ? Au moins deux choses : d’abord, dans la plupart des occasions officielles, on ne s’appartient pas. Un pape, par exemple, doit rendre témoignage à la lumière et à la beauté de la Création, tout autant qu’il doit s’inscrire dans une longue tradition dont il n’est qu’un maillon. Il doit s’habiller en pape, quoi. C’est notamment ce qu’il a montré dans le port du pallium, une chasuble antique, symbole, selon lui, du joug du Christ. Ensuite, contrairement à ce que voudraient nous faire croire des managers imbuvables qui se prennent pour Steve Jobs, l’élégance ne met pas à distance : c’est au contraire une marque de respect pour autrui. Ce n’est pas une barrière, c’est un pont – ce que signifie, littéralement, le terme de pontife, « celui qui jette des ponts », entre l’homme et Dieu, mais aussi entre tous les membres du corps du Christ.  Benoît XVI, Sarto Subito 

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