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Les jeunes coupent le cordon : deuxième partie du débat

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Publié le

9 mars 2023

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Guilhem Carayon (Les Républicains), Stanislas Rigault (Reconquête !) et Pierre-Romain Thionnet (Rassemblement national) militent dans des écuries différentes. Pourtant, bien malin serait celui qui parviendrait à distinguer leurs positionnements politiques. L’Incorrect a décidé de réunir ces trois jeunes mousquetaires de la droite pour balayer les grands sujets du moment et éprouver l’étendue de leur compatibilité. Entretien à fleurets mouchetés. Partie 2 sur 3.
Jeunes

Est-ce que la laïcité est encore un moyen efficace de lutter contre l’offensive islamique à l’école ?

Stanislas Rigault : Allons au fond : la question centrale est « a-t-on encore un modèle à proposer ? » L’immigration musulmane est portée par le nombre et la force de sa religion, on ne freinera pas l’offensive islamique uniquement avec des principes et des concepts. Patrick Buisson l’explique dans La fin d’un monde, dans les années 60 les racines chrétiennes de la France étaient encore importantes et cimentaient la société.

Guilhem Carayon : Ce sujet reflète toute l’hypocrisie de la gauche. Pap Ndiaye n’a que la mixité à l’école à la bouche mais ses enfants sont à l’école Alsacienne, modèle d’élitisme et d’homogénéité sociale. Pour la gauche, l’immigration est une chance pour la France, sauf dans les écoles de leurs enfants ou le quartier où elle vit ! Le sort des immigrés qui dorment sous les ponts Porte de la Chapelle leur est totalement indifférent, autant d’ailleurs que la part prise par l’immigration dans l’explosion de la délinquance et de la criminalité. La paix sociale repose sur l’assimilation républicaine mais si on peut assimiler des personnes, on ne peut pas assimiler des peuples.

« La laïcité est nécessaire mais pas suffisante. Elle permet certes de mettre des coups de frein mais pas de régler toute la question »


Pierre-Romain Thionnet

Stanislas Rigault : Pour revenir sur mon expérience personnelle, le fait d’avoir connu des moments symboliques forts qui rassemblent comme le lever des couleurs à l’école peut paraître anecdotique mais m’a permis d’être éduqué dans l’amour de mon pays. On pourrait faire participer les écoliers aux fêtes nationales et aux cérémonies commémoratives avec leurs professeurs. Ces détails mis bout à bout ont une importance majeure.

Pierre-Romain Thionnet : Le problème avec ce sujet, c’est qu’on ne peut absolument pas le séparer de la politique migratoire. La laïcité est nécessaire mais pas suffisante. La force politique de la laïcité, et c’est pour cela qu’on doit l’utiliser, permet de combattre l’islamisation du pays sans avoir besoin d’une révolution juridique. Elle permet certes de mettre des coups de frein mais pas de régler toute la question. Par exemple, la question du voile à l’école a été réglée par une loi de laïcité qui s’en prenait aussi aux grandes croix – dont on savait qu’elles n’existeraient pas. Imposer l’uniforme permet de lutter contre les abbayas et les kamis, et ainsi de lutter contre l’islamisation. Mais encore une fois, s’il y a davantage de petits Congolais, Algériens ou Ivoiriens que de petits Français dans les classes, c’est bien de politique migratoire dont il faut parler.

Gérald Darmanin vient justement de déposer son projet de loi immigration qui devrait être examiné par le Sénat dans les prochaines semaines. Le gouvernement a-t-il enfin pris la mesure du sujet ?

Guilhem Carayon : En 2022, il y a eu 325 000 titres de séjour délivrés par les autorités publiques, un record dans l’histoire de France (le précédent était en 2019 avec 275 000 titres de séjour délivrés), auxquels s’ajoutent 156 000 demandes d’asile dont 100 000 ont été refusées. Mais sur ces 100 000 dont la vocation est de repartir dans leurs pays d’origine, le taux d’exécution des OQTF est de moins de 10 %. En ajoutant les clandestins et les naturalisés à la pelle, on arrive à 500 000 immigrés sur une année, soit 2,5 millions dans un quinquennat. L’équivalent de la population de Paris. Cette immigration massive, nourrie souvent de traditions culturelles extrêmement éloignées de la nôtre, n’est naturellement pas une chance pour la France mais un vrai malheur.

Lire aussi : Les jeunes coupent le cordon : première partie du débat

Pierre-Romain Thionnet : Cette loi n’est pas une loi pour contrôler l’immigration. C’est une loi qui permet de faciliter les expulsions grâce à quelques petites modifications de procédures de police administrative. Il n’y a pas de volonté d’expulsion massive, donc ça ne va pas changer grand-chose.

Je pense que ce qui est encore plus fondamental, c’est la façon dont le président parle de cette question, et qui démontre qu’il n’y aura jamais de prise de conscience en la matière. C’est notamment cette fameuse phrase qui veut tout dire : « La France a toujours été un pays d’immigration. » Cette idée est répétée pour trafiquer les esprits des Français en leur expliquant ce qui se passe sous leurs yeux au quotidien, le paysage humain qu’ils voient se modifier, c’est quelque chose de naturel auquel la France a toujours fait face. Quand on fait un peu d’histoire, on se rend compte que, jusqu’à la fin du XIXe siècle, la seule immigration que nous avons connue était de l’ordre des invasions. Si c’est cela le propos des mondialistes, il faut nous le dire directement. Je pense que c’est très important pour l’évolution des mentalités de s’en prendre à ce discours-là.

Guilhem Carayon : La gauche se trompe en arguant que la France a toujours été une terre d’immigration. Non seulement parce que la France connait depuis quelques années des records en la matière sur plus de 1 000 ans mais aussi parce que l’immigration du début du XXe n’était pas du tout de la même nature que celle qu’on voit aujourd’hui. Je prendrai un exemple Tarnais. À Carmaux, ce sont les Polonais et les Italiens qui ont fait tourner les mines. Beaucoup jouaient au rugby et tous partageaient avec les Français de bons moments dans les quarante cafés de la ville. L’assimilation s’est faite naturellement car les flux étaient régulés et la culture identique à la nôtre.

Stanislas Rigault : Il y a la question du nombre évidemment, mais aussi celle des origines. Assimiler un Italien à la France, c’est plus simple qu’assimiler un Ghanéen… Il y a un autre enjeu en la matière, assez symptomatique d’ailleurs de ce qu’est la macronie. Sur les retraites, nous voulons combler les déficits de cotisants par la natalité, grâce à une politique familiale ambitieuse. Macron veut, lui, pallier la natalité par l’immigration. C’est le modèle suicidaire de l’Allemagne, faisant venir 1 million de migrants dans leur pays en 2015… car ils ne font plus d’enfants ! Pour nos adversaires, les hommes sont interchangeables et délocalisables, alors un enfant français ou un immigré soudanais après tout…

Pierre-Romain Thionnet : Les députés RN ont beaucoup pris position sur la natalité dans le débat public, et ils se font attaquer avec une violence extraordinaire par la gauche. La possibilité qu’une femme ait des enfants est extrêmement réactionnaire pour eux.

« Avec l’Algérie, il ne faut céder à aucun chantage, ni sur le gaz, ni sur les visas, ni sur leur révisionnisme historique. Cela nécessite du courage. Précisément ce qu’il manque à la tête de notre pays »


Guilhem Carayon

Stanislas Rigault : C’est ce dont nous parlons chez Reconquête ! quand nous évoquons non seulement le grand déclassement et grand remplacement mais aussi le grand endoctrinement. Cet endoctrinement nous a collectivement plongés dans un état d’esprit où l’immigration est normale et où la cellule familiale ne sert à rien. L’Algérie vient de rappeler son ambassadeur parce que nous avons accueilli une opposante qui avait la double nationalité. C’est peu dire que nos relations avec ce pays sont hostiles.

Êtes-vous favorable à la fin des accords de 1968 qui accordent des facilités de séjour aux Algériens ?

Pierre-Romain Thionnet : Marine Le Pen a proposé pendant la campagne présidentielle la fin de cette exceptionnalité des droits qu’on accorde aux Algériens. Il s’agit d’avantages hallucinants, de visas qui sont bien plus rapides à avoir et qui durent plus longtemps. Il y a aussi une facilitation pour le travail qui ne s’explique plus puisque les Algériens ne viennent plus pour travailler. Nous avions donc proposé de mettre fin à ces accords de 1968. Ensuite, nous proposions des mesures de rétorsion parce que la stratégie d’Emmanuel Macron et de Gérald Darmanin, c’est de faire de la repentance en espérant qu’Alger contrôle un peu mieux ses ressortissants. Je pense que c’est la stratégie inverse qu’il faut adopter.

Guilhem Carayon : Bien-sûr, il faut mettre fin à l’exception algérienne. C’était d’ailleurs l’intention de Nicolas Sarkozy exprimée pendant la campagne présidentielle de 2012. Je mesure le risque de chantage au gaz mais la crise énergétique nous aura au moins enseigné l’utilité de diversifier ses fournisseurs. Macron a annoncé la baisse du nombre de visas accordés mais il a vite calé. 0,1 % des OQTF vers l’Algérie sont exécutées alors que les Algériens constituent le contingent majeur des délinquants expulsables. Avec l’Algérie, il ne faut céder à aucun chantage, ni sur le gaz, ni sur les visas, ni sur leur révisionnisme historique. Cela nécessite du courage. Précisément ce qu’il manque à la tête de notre pays.

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : Le projet de la mort qui tue

Stanislas Rigault : Oui, les règles dérogatoires dont bénéficient les Algériens n’ont plus aucune justification, et pèsent terriblement, notamment sur nos comptes sociaux. Je rappelle que 41,7 % des ressortissants Algériens en France n’ont aucune activité. La France doit également faire un travail de pédagogie dans les pays de départ. En expliquant que notre pays n’est pas l’Eldorado fantasmé au Maghreb ou en Afrique subsaharienne, et que pour bien des immigrés, clandestins qui plus est, c’est une vie de misère qui les attend ici. Pour cela, il faut aussi en finir avec le laxisme et les appels d’air…

Sur le volet international justement, quel est l’intérêt national de la France dans la guerre en Ukraine ?

Pierre-Romain Thionnet : Le camp national au sens large est héritier de la position gaullienne qui consiste à incarner une position intermédiaire entre les grandes puissances pour préserver l’indépendance de la France. Au RN, cette philosophie nous a amenés à dire que la Russie était trop largement écartée du jeu international alors que la France, rentrée dans le commandement intégré de l’OTAN, était totalement sous la coupe des États-Unis. Dans ce cadre, le rapprochement franco-russe et plus largement de l’Europe avec la Russie devait permettre de rééquilibrer ces relations. Ce discours n’est plus tenable aujourd’hui avec la guerre qui éclate et la façon dont la Russie a violé le droit international. Le camp souverainiste ne peut pas ne pas dénoncer cette violation des frontières ukrainiennes, quand bien même il s’agirait comme certains le disent dans d’une nation récente. Cette position devrait cependant être à nouveau légitime dans quinze ou vingt ans.

Par ailleurs, on parle de la tradition des liens franco-russes, mais notre pays a aussi toute une tradition diplomatique avec l’Europe centrale et l’Europe de l’Est, avec la Pologne, la Roumanie, etc. Il est important que la France conserve de bonnes relations avec ses alliés, et dans ce sens un minimum d’aide à l’Ukraine est justifié – tant que l’on ne passe pas à des armes offensives. La position jusqu’au-boutiste de soutien à la Russie me paraît dangereuse pour les intérêts de la France.

« Si la France veut être une puissance d’équilibre crédible, il faut que l’on ait une armée solide avec des budgets conséquents et un peuple uni, ce qui n’est pas le cas »


Stanislas Rigault

Guilhem Carayon : Il n’y a pas de solution facile et ceux qui prétendent avoir le remède miracle pour parvenir à la paix sont assez présomptueux. Il faut naturellement soutenir l’Ukraine qui a été agressée. Nous n’avons pas pour autant vocation à devenir co-belligérants. Et la fin de la guerre entre l’Ukraine et la Russie ne peut pas se solder, comme l’a dit justement Emmanuel Macron, par l’humiliation de la Russie. Tout l’enjeu pour nous réside dans l’équilibre entre l’aide à l’Ukraine et la recherche de la fin du conflit. D’une part éviter la montée aux extrêmes, par exemple l’emploi par la Russie d’armes nucléaires tactiques, et il faut préparer les conditions d’une paix inévitable qui garantisse la sécurité mutuelle des belligérants. Je trouve sur ce sujet la position d’Hubert Védrine particulièrement juste et raisonnable.

Stanislas Rigault : C’est un sujet compliqué. Tout le monde s’est inventé ou est devenu expert du sujet russo-ukrainien ! Quand on promet des chars Leclerc comme le fait désormais Macron, qu’on est en train de leur faire ce genre de promesses, ce n’est plus dans une optique défensive. Il y a une hypocrisie depuis des mois sur ce sujet des armes, en disant qu’il y a des bonnes armes qui ne nous feraient pas devenir co-belligérants, et des mauvaises armes… Mais un canon reste un canon et les va-t-en-guerre jusqu’au-boutistes bien installés sur les plateaux télé me sont assez insupportables. Enfin, si la France veut être une puissance d’équilibre crédible, il faut que l’on ait une armée solide avec des budgets conséquents et un peuple uni, ce qui n’est pas le cas. Et, alors que beaucoup de pays européens se réarment, les stocks de munitions de l’armée française sont au plus bas !

Pierre-Romain Thionnet : Un dernier point. En soutenant l’Ukraine contre la Russie, on peut avoir l’impression d’être inféodé aux États-Unis parce qu’on est dans le même camp. Un peu de perspective historique peut nous rassurer en notre capacité à retrouver une indépendance plus tard. Lors de la crise de Berlin en 1960, de Gaulle avait clairement pris position pour le camp occidental face aux menaces soviétiques ; quatre ans plus tard, il sortait du commandement intégré de l’OTAN. La géopolitique, c’est aussi une question de circonstances.


Propos recueillis par Wandrille de Guerpel, Arthur de Watrigant et Jérôme Besnard

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