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À Paris, Riski Sunak renoue avec l’Europe

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Publié le

13 mars 2023

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La visite de Rishi Sunak à Paris ce 10 mars a été l’occasion d’un ravivement de la relation franco-britannique. Sa conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron marque une nouvelle entente franco-britannique sur les questions d’immigration et de défense.
Macron Sunak

La rencontre entre Emmanuel Macron et Rishi Sunak était d’abord celle de deux personnalités faites pour s’entendre. Les deux hommes ont presque le même âge : 45 pour le président de la République française, 42 pour le Premier ministre britannique. Tous deux banquiers d’affaires avant de se lancer en politique, ils ont démontré durant leur conférence de presse des vues semblables sur nombre de sujets et faire preuve d’une très bonne entente, alors même que de nombreuses questions étaient assez sensibles.

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Emmanuel Macron a parlé « d’un sommet d’une nouvelle ambition » ; Rishi Sunak d’une « réunion [qui] honore la relation entre les deux pays […] Notre réunion aujourd’hui symbolise un nouveau départ, une entente renouvelée ». Une ambiance qui contraste certainement avec les rencontres entre Boris Johnson et Emmanuel Macron, qui étaient réputés très mal s’entendre. D’ailleurs, il n’y a pas eu de sommet franco-britannique pendant le mandat de Boris Johnson, ni de son successeur éphémère Liz Truss – sans doute par manque de temps dans ce dernier cas. Le dernier sommet franco-britannique remontait à 2018, lorsque Theresa May était en poste.

La lutte commune contre l’immigration illégale

La question migratoire était certainement le maître-mot côté anglais, avec d’autres thèmes comme l’OTAN, l’Ukraine et la coopération énergétique. Lors de la conférence de presse poue clôturer le sommet, Rishi Sunak a annoncé un nouveau plan pour le renvoi des réfugiés illégaux arrivés sur le sol anglais, en ciblant la lutte contre les groupes criminels : « Emmanuel et moi partageons la même conviction : les organisations ne doivent pas décider de qui entre dans notre pays » a-t-il affirmé avec fermeté. Il s’est aussi félicité des fruits de la coopération déjà en place, mentionnant notamment l’arrestation de cinq cents personnes liées au trafic de migrants l’an passé.

Parmi les mesures annoncées, la Grande-Bretagne devrait donner plus de 500 millions d’euros à la France d’ici 2026 pour renforcer la surveillance des côtes, avec le recrutement de plusieurs dizaines de gardes côtiers et l’utilisation de drones. Cette somme considérable servira aussi à construire un centre de détention des migrants dans la région de Calais avant leur renvoi dans leur pays d’origine. Des mesures qui, Rishi Sunak l’a assuré, se feront toujours conjointement avec la France. « Les migrants illégaux seront détenus et rapidement retournés dans leur pays d’origine s’il est suffisamment sûr, ou dans un autre pays tiers, tel que le Rwanda, où ils seront aidés pour reconstruire leurs vies » affirme le cabinet du Premier ministre dans le communiqué de presse de Downing Street publié à la suite de la conférence de presse. À plusieurs reprises, le Premier ministre britannique a souhaité démontrer sa volonté de coopérer avec Emmanuel Macron dans ce domaine, refusant habilement de rejeter la responsabilité de la gestion de l’immigration sur la France – d’où partent pourtant tous les migrants se rendant en Grande-Bretagne.

Un enjeu politique et diplomatique

Interrogé sur l’efficacité à moyen terme de ce nouvel accord par un journaliste du Times, Rishi Sunak a prévenu « que cette situation nous met au défi […] Comme je l’ai souvent dit, il n’y a pas de solution unique à ce problème complexe. […] Nous ne le résoudrons pas du jour au lendemain », tout en soulignant les efforts conjoints entre la Grande-Bretagne, la France et le reste de l’Europe pour lutter contre « toute la chaîne » du réseau criminel qui organise l’immigration illégale.

Beaucoup de back-benchers, en particulier les soutiens de Boris Johnson menés par le député et ancien ministre Jacob Rees-Moog, souhaitent désormais voir des résultats, après treize ans de promesses non-tenues par les Premiers ministres conservateurs

Il faut dire que Rishi Sunak était très attendu sur ce sujet par les députés conservateurs à la suite de la présentation de son texte de loi pour le renvoi des immigrés illégaux en début de semaine dernière à la Chambre des communes. Beaucoup de back-benchers, en particulier les soutiens de Boris Johnson menés par le député et ancien ministre Jacob Rees-Moog, souhaitent désormais voir des résultats, après treize ans de promesses non-tenues par les Premiers ministres conservateurs. Pour rappel en 2022, pas moins de 45 756 migrants ont traversé la Manche depuis les côtes françaises, soit 17 000 de plus qu’en 2021. D’après les données du gouvernement britannique, la France aurait empêché 33 000 migrants de traverser la Manche en 2022.

Face à Poutine : l’unité franco-britannique dans l’OTAN

Au-delà de la coopération sur l’immigration, les deux dirigeants ont aussi insisté sur l’unité au sein de l’OTAN face à Vladimir Poutine. Alors que Boris Johnson avait mené une politique unilatérale mais non moins efficace en faveur des Ukrainiens dès le début de la guerre, Rishi Sunak a souhaité affirmer sa volonté de collaborer plus étroitement avec la France. « Nous avons fait plus encore que précédemment sur les questions de défense, s’est félicité Rishi Sunak. Nous avons décidé de former les soldats ukrainiens pour les aider à obtenir un avantage décisif sur le champ de bataille » a-t-il encore annoncé.

Les discussions sur le sujet furent essentiellement menées par les ministres de la Défense : Ben Wallace pour la Grande-Bretagne et Sébastien Lecornu pour la France. Rappelons que l’entraînement de troupes ukrainiennes par l’armée britannique, mené depuis plusieurs années déjà, n’a été dévoilé que récemment. Plus réservé sur le sujet, Emmanuel Macron a simplement réaffirmé que « notre volonté est d’aider l’Ukraine à résister et de l’aider à mener les offensives qu’elle souhaite mener ». Aucun autre détail n’a été donné sur le renforcement de la coopération au sujet de l’Ukraine, mais une position commune a déjà pu être trouvée, ce qui n’était pas garanti il y a six mois.

Un sommet salvateur pour Sunak ?

Le sommet franco-britannique pourrait aider Rishi Sunak à inverser – au moins atténuer – la pente négative que suivent les conservateurs depuis le début de la guerre en Ukraine. L’inflation très élevée en Grande-Bretagne, aux alentours de 10,5%, provoque beaucoup de mécontentements, en témoignent les innombrables grèves (hôpitaux, transports, professeurs) de ces derniers mois.

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Mais les accomplissements de Rishi Sunak pourraient bien donner un ton plus positif à son bilan, à condition que les accords signés, en particulier sur l’immigration, soient véritablement appliqués. La relation avec l’Europe semble se réchauffer suite à la signature du Protocole de Windsor (Windsor Framework) avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 27 février dernier. De plus, sa victoire contre Nicola Sturgeon à propos du gender bill en décembre 2022, qui fut à l’origine de la démission de cette dernière début février, a éloigné – temporairement du moins – la perspective d’un référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Si l’inflation continue de baisser et si la question migratoire est en partie résolue, les conservateurs pourraient bien reprendre du poil de la bête d’ici les prochaines élections législatives, prévues en janvier 2025.

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