Une équipe de luxe autour de Jonas Kaufmann : voici une constante des intégrales d’opéra qu’Antonio Pappano a gravées, ces dernières années, avec « son » Orchestre de Sainte Cécile, à Rome. Hier Aida, Otello. Aujourd’hui Turandot. Dissimulant son déclin, le ténor allemand se donne des allures de prince postmoderne, à la vaillance tempérée par une sensualité rêveuse. L’intention se cache dans le soin des demi-teintes, gage de quelques moments d’extase. Mais ailleurs (y compris dans le célèbre « Nessun dorma ») l’éclat du timbre fait cruellement défaut, vouant à l’échec toute comparaison avec les géants du passé (Corelli en tête). Pour le reste – hormis un Michael Spyres fade en vieil empereur – c’est une pure réussite.
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D’abord grâce à la somptueuse Sondra Radvanovsky, incarnant la princesse de glace avec ce qu’il faut d’aspérité et de tranchant dans la voix, souveraine dans l’art des nuances et le dosage d’un aigu opulent. On ne trouvera pas la même puissance chez Ermonela Jaho, mais quelle intégrité, quelle pudeur a cette Liù, à la fragilité seulement apparente devant son sacrifice, empreint d’une rare noblesse. Et le charme opère jusque dans les seconds rôles, avec les plus beaux Timur (Michele Pertusi) et Ping (Mattia Olivieri) dont on puisse rêver. Mais le vrai triomphateur est le chef, porteur d’une vision qui, sans renier la grandiloquence de certaines scènes ni atténuer la violence des contrastes, exalte le raffinement de la partition, la richesse des couleurs, la sensualité des atmosphères. Ce qui lui rend toute sa dignité de fable exotique. Et qui fera de cet album – davantage que le final inédit – une version incontournable.
Turandot, opéra en 3 actes de Giacomo Puccini (1926) – orchestre et chœurs de l’académie de Sainte-Cécile de Rome – Antonio Pappano, direction musicale – 2 cd, 23,99 €





