Ne vous laissez pas tromper par l’affiche : c’est bien Il Trovatore (1853) et non pas sa version française, avec ballet et nouveau finale, que Verdi vint monter à Paris (1857) et qui y demeura pendant une bonne décennie l’opéra le plus aimé du public. D’ailleurs il s’agit moins de trouvère que de troubadour dans le drame de Gutiérrez ayant inspiré le livret. Nulle trace de roman chevaleresque, en tout cas, dans la production d’Àlex Ollé reprise à l’Opéra Bastille. Le Catalan transpose l’action du Moyen Âge à la Première Guerre mondiale, évoquée par des fosses rectangulaires – tombes ou tranchées – disséminées sur le plateau, que viennent plus ou moins remplir de gros blocs descendant des cintres. Idée fixe d’une production où le théâtre est absent, tant l’effort d’éclairer l’intrigue est esquivé, ayant le seul mérite d’installer une ambiance favorable à la musique.
Lire aussi : [Opéra] Michel Spyres : caméléon nocturne
Outre l’Orchestre de l’Opéra de Paris, porté sur les cimes par la baguette somptueuse de Carlo Rizzi, c’est l’ensemble des interprètes qui soulève une vague d’enthousiasme. Si l’atout principal de Yusif Eyvazov (Manrico), à défaut d’un instrument gâté par la nature, reste sa vaillance, le baryton d’Étienne Dupuis (Comte de Luna) apparaît dans une forme éblouissante, plus charnel que la Leonora éthérée d’Anna Pirozzi, technicienne et styliste de premier rang. Mais la palme de l’investissement dramatique revient à Judit Kutasi (Azucena). La mezzo roumaine bouleverse par la puissance, l’homogénéité et la souplesse de ses moyens, véritable révélation d’un spectacle qui, malgré l’indigence visuelle, vous donnera des frissons.
LE TROUVÈRE, opéra en quatre parties de Giuseppe Verdi, livret de Salvatore Cammarano (1853) – Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris – Carlo Rizzi, direction musicale – mise en scène d’Àlex Ollé (La Fura dels Baus) – à l’Opéra Bastille jusqu’au 17 février





